Shanghai : Oiseaux de nuit

Ca y est, je me lance ! Mon premier article écrit sans J.

Mon premier article sur Shanghai (alors que je vais la quitter dans une semaine) traite des nuits shanghaiennes. Pour commencer, dans la plupart des boîtes de nuit de Shanghai, les entrées et vestiaires sont gratuits et on peut souvent acheter des formules open-bar (de 40 à 100 kuais, soit 5 à 12€), voire des formules du type 10 tickets pour 100 kuais. C’est très alléchant et je pense que l’on peut expliquer ces prix compétitifs par le grand nombre de boîtes de nuit et donc la concurrence, mais aussi sans doute par le fait que les boîtes de nuit pourraient être utilisées pour du blanchiment d’argent. (Simple supposition, je n’affirme rien, attention !).

Contrairement à nos boîtes de nuit européennes, celles de Shanghai ont rarement une véritable piste de danse et l’espace est plutôt occupé par de nombreuses tables, hautes ou basses selon qu’elles sont situées au milieu de la boîte ou non. Il y a en général un serveur par table basse (une dizaine de places assises) qui se charge pour nos charmants clients chinois de remplir les pichets, de vider les cendriers, d’essuyer la table, d’allumer les cigarettes, etc. Notons que des femmes de ménage se promènent dans la boîte au milieu des danseurs saouls afin de nettoyer le sol tout au long de la soirée. C’est bien plus propre que chez nous, ça ne fait aucun doute ! Dernière particularité, certaines boîtes de nuit ont une boîte dans la boîte, c’est-à-dire une pièce qui peut accueillir une cinquantaine de personnes avec DJ privé, piste de danse et tables que l’on peut privatiser pour des sommes pouvant avoisiner les 60 000€.

La clientèle n’est pas composée d’étudiants chinois qui sont bien trop occupés par leurs études et accablés par la pression qui en découle pour penser à faire la fête. Les shanghaiens qui sortent en boîte sont issus de la jeunesse dorée locale, et ils sont nombreux ! Par conséquent, il n’est pas rare de voire les tables recouvertes d’au moins six bouteilles de champagne ou d’une bouteille de cinq litres de Chivas Regal. La première fois que l’on voit les mélanges que les serveurs font dans les pichets destinés à être ensuite transvasés dans les verres, on a du mal à y croire : champagne-jus d’orange, whisky-thé glacé, cognac-thé glacé (je parle de véritable thé glacé, pas de ce que nous appelons Ice Tea) ! Puis un jour on joue aux dés avec un chinois et on goûte cet étrange breuvage. Bien sûr ça n’est pas délicieux, mais le thé masque bien le goût de l’alcool et, si l’on parvient à oublier que c’est du gâchis, on s’y fait presque !

Revenons  aux dés. Les chinois adorent jouer aux dés en boîte de nuit donc on trouve des gobelets en simili cuir avec cinq dés chacun à toutes les tables. On joue à plusieurs (de deux à beaucoup) et on doit miser sur le nombre total de dés d’une certaine hauteur. Quand on perd, c’est « ganbei » ! « Ganbei ! », que l’on pourrait traduire par « Santé ! » signifie dans les faits plutôt « Cul-sec ! ». Bref, quand on joue aux dés avec des shanghaiens, on a vraiment intérêt à gagner la partie !

Par ailleurs, les bouteilles vidées par les « ganbei » successifs sont souvent accompagnées de nourriture à grignoter telle que des plateaux de fruits, des frites ou encore des brochettes. Malgré tout, cette nourriture ne semble pas suffire à diminuer les effets de la surconsommation d’alcool et il est fréquent de voir des chinoises dormir sur le comptoir, tituber entre les tables au bras d’un ami, ou encore vomir dans les toilettes, une autre fille éméchée leur maintenant les cheveux loin de la bouche. C’est élégant… Quand elles n’ont pas l’air complètement « déchirées », on les observe s’ennuyer dans leurs robes trop courtes et leurs talons trop hauts, assises sur les banquettes à regarder leurs autoportraits sur leur portable à coque multicolore ou recouverte de faux diamants.

Une fois la soirée en boîte terminée et si le cœur (et le foie !) leur en disent, les shanghaiens décident parfois de finir la nuit dans un restaurant à « hot pot ». On en a suivi un groupe une fois et c’est assez impressionnant. Il est cinq heures du matin au moins et le ciel s’éclaircit déjà et on est persuadé que la ville dort. Mais non ! Tous les oiseaux de nuit shanghaiens se retrouvent dans ces fameux restaurants. C’est plein à craquer et tout le monde déguste les aliments bouillis dans le « hot pot » au centre de la table. Entre deux bouchées, on s’envoie des « ganbei », de bière cette fois, car on commence à fatiguer, enfin !

Pour clore cet article sur les nuits shanghaiennes je vous propose une rapide critique des nombreux lieux nocturnes et musicaux dans lesquels j’ai eu l’occasion de déambuler ces quatre derniers mois, entre deux révisions de micro-économie ou compta.

Les bars pour commencer la soirée :

On y vient en général vers 23h pour en partir une ou deux heures plus tard afin de s’amuser ailleurs.

Le Zapata’s propose un open-margaritas pour les filles le mercredi soir, parfait pour commencer la soirée en dansant sur le bar. Le Bounty et ses cocktails arrangés au rhum, agréable à deux ou en groupe.

Le Sugar et son rooftop, un peu trop poufs et beaufs endimanchés à mon goût. Le Kartel, très français mais à la décoration originale et au rooftop très agréable.

Enfin, le Windows Garage pour son atmosphère décontractée, son billard et les verres les moins chers du marché ! (On peut aussi y finir la soirée.)

Les boîtes chinoises :

Chinoises car elles n’ont qu’une minuscule piste de danse et que la clientèle est majoritairement chinoise (on s’en doutait !).

Le Rich Baby, la plus chinoise de toutes, elle a même une salle consacrée à la musique pop nationale. Le Sky, sympa mais sans plus. Le True Color, dans Fuxing Park, pour ses shows sexy (danseurs de tango, danseuse classique). Le Soho pour son aquarium à méduses derrière le bar. Le Ruby’s, pour Murat, qui nous offre nos verres 80% du temps et pour sa décoration inimitable (faux diamants dans les murs, tables qui tournent, couloir psychédélique, etc.).

L’Angelina, le Phebe et le Club 88 (prononcez « basheba ») pour leur décoration ultrakitsch (ou kitchissime, au choix) composée de chandeliers dorés, de statues à taille humaine dorées, également, et de contrebasses et rouages en mouvement, dorés, toujours !

Les boîtes « internationales » :

Le G+ et le M2, toutes deux situées dans des centres commerciaux de l’Ouest de la concession française. Volume gigantesque, décoration sobre et à dominante blanche, grande piste de danse centrale, prix corrects et, pour le M2, bonne musique électro pas trop commerciale. On y croise plus d’occidentaux que dans les boîtes chinoises car c’est plus proche de ce que l’on connaît.

Les boîtes chics :

Le M1nt, tout d’abord, dans laquelle on n’entre que sur liste (rassurez-vous, tout le monde peut s’inscrire, il suffit d’appeler le jour même avant 18h). On y pénètre en traversant un couloir d’une vingtaine de mètres bordé d’un aquarium remplis de requins d’une cinquantaine de centimètres de long. Ici, on rivalise avec la table voisine pour savoir qui a le plus d’argent. Huit bouteilles de Dom Perignon contre vingt-deux de Moët & Chandon, qui l’emporte ? Le M1nt ! Quand on sait qu’un « simple » magnum de Grey Goose coûte 4 000 kuais (soit 500€), on ose à peine imaginer le montant des additions !

Le Bar Rouge, qui fait aussi partie des rarissimes boîtes de Shanghai à effectuer une sélection à l’entrée, est plus agréable car la clientèle est moins flambeuse. Néanmoins, ici on a plutôt la trentaine bien entamée et on boit sa flûte de champagne un barreau de chaise aux lèvres. La terrasse avec vue sur Pudong, présente l’intérêt principal du lieu.

Enfin le Cuvve, un étage ou deux sous le Bar Rouge. Je n’y suis pas retourné depuis l’ouverture mais j’imagine qu’on peut la classer dans cette catégorie. Même vue qu’au Bar Rouge mais sans la terrasse. On consulte la carte des boissons sur iPad et ça coûte cher le verre.

Les boîtes pour écouter de la musique :

Quand on en a marre de David Guetta, des Black Eyed Peas et de Pitbull, on peut trouver quelques endroits, rares, pour écouter de la musique un peu plus pointue (techno, minimale, dubstep, électro).

Le Dada, boîte alternative où l’on peut sauter sur la piste au son des basses ou bien préférer jouer au baby-foot, à la Super Nintendo ou aux fléchettes tout en fumant une chicha.

Le Shelter, pour son ambiance underground (il s’agit d’un ancien abri anti-atomique, comme son nom l’indique) et son couloir glauque qui rappelle celui du Tresor à Berlin. Ici, pas de décoration, seulement du béton. Une des rares boîtes à faire payer un droit d’entrée (entre 20 et 60 kuais mais c’est gratuit après 3h du matin), les consommations sont ensuite tout à fait abordables (30 kuais en moyenne). Si on veut éviter les soirées Hip-Hop ou Reggae, il vaut mieux vérifier la programmation avant de s’y rendre.

Enfin, le Wharf 1846 où je ne suis allé qu’une fois pour une soirée Ministry Of Sound (il s’agit d’un gigantesque loft vide aux murs blancs) et le Mao Livehouse qui est plus une salle de concert avec une fausse, pouvant accueillir jusqu’à 300 personnes, qu’une boîte de nuit à proprement parler.

Les boîtes pour terminer la soirée :

Et puis quand il est cinq heures du matin mais qu’on n’est toujours pas fatigué, et bien on a deux solutions. Soit on va au Hollywood, où l’entrée coûte désormais 100 kuais par tête (je n’y vais plus pour cette raison), pour se mêler à la foule encore bien vaillante sur le dancefloor et le podium, soit on va au Shivah, minuscule bar lounge assez lumineux collé au Shelter, afin de ralentir le rythme avant d’aller se coucher.

Voilà, j’espère vous avoir donné envie de sortir à Shanghai. Alors bien sûr ça n’est pas l’Europe niveau programmation mais :

– il y a assez de boîtes assez variées pour s’amuser pendant plusieurs mois sans se lasser ;

– les prix défient toutes concurrence ;

– c’est toujours un plaisir de battre un chinois à plate couture aux dés !

Prochain article plus sage mais non moins intéressant sur les promenades et visites à faire à Shanghai.

N.

Raging Bull avec Charles

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