Siem Reap et les temples d’Angkor

Banteay Srei, Angkor

Lundi quinze octobre, nous arrivons à Siem Reap vers dix-huit heures. Comme toujours, le bus nous lâche au milieu de nulle part et, pour la première fois au Cambodge, nous prenons un tuk-tuk qui nous mène au Garden Village que nous avons choisi pour base. Le confort est sommaire mais le service souriant et les prix intéressants (quatre dollars par nuit). Nous sortons ensuite dîner au Socheata II Restaurant. J. opte pour une salade de gambas à l’ananas et N. pour des cuisses de grenouilles. Ce restaurant khmer s’avère excellent et est, signe qui ne trompe pas, rempli de Cambodgiens. De retour vers l’auberge, nous faisons un crochet par The Blue Pumpkin pour prendre de délicieuses glaces en cornet. C’est le début d’une grande histoire d’amour.

Banteay Srei, Angkor

Le lendemain matin, nous nous levons tôt et enfourchons nos bicyclettes louées un dollar la journée à l’auberge pour rejoindre The Blue Pumpkin où nous petit-déjeunons de pâtisseries et smoothies aux fruits rouges pour le moins rassasiants. Il est huit heures lorsque nous quittons le centre ville de Siem Reap pour les temples d’Angkor. Après avoir tenté un raccourci qui n’en était pas un, nous parvenons finalement à l’entrée où nous achetons un billet trois jours qui coûte le prix de deux billets une journée, soit quarante dollars par personne. Nous commençons par la visite d’un temple situé à l’extrémité Est du complexe principal. C’est l’occasion de constater que les temples d’Angkor sont disséminés au milieu de petits villages qui ont su profiter du tourisme sans perdre leur authenticité. On pédale donc au milieu des rizières, cocotiers et sourires d’enfants, c’est ravissant. A notre arrivée au Banteay Samré, nous sommes littéralement harcelés par quelques gamins qui tentent de nous vendre des livres, cartes postales, écharpes, porte-clefs et bracelets, bons pour notre âme.

A moto-dop, Angkor

Le Banteay Samré constitue une très bonne introduction aux temples d’Angkor puisqu’il est relativement bien conservé et vide de touristes. Nous en profitons, comme à notre habitude, pour y flâner en discutant tout en prenant quelques clichés amusants avec le retardateur. Nous repartons ensuite vers le Banteay Srei mais, réalisant qu’il est situé à une trentaine de kilomètres de là où nous sommes, nous abandonnons nos montures pour un moto-dop, sorte de taxi-moto. Le conducteur ne parlant pas l’anglais, c’est le policier qui surveille le carrefour qui nous sert de traducteur. La négociation s’engage et nous nous en sortons à cinq dollars l’aller-retour, à deux sur la moto, soit trois avec le conducteur. Là, on se sent vraiment Cambodgien et, même si le confort est minimum et les courbatures se font sentir, on adore cette sensation de liberté et le fait de vivre le pays comme ses habitants. Arrivés au Banteay Srei, nous découvrons un temple magnifique aux teintes roses et dont les linteaux et les bas-reliefs sont si fins que la légende les dit réalisés par des femmes. On peut dire qu’André Malraux a du goût puisque c’est un des bas-reliefs de ce temple qu’il a tenté de subtiliser. Quand on a un goût artistique aussi développé, de pilleur à Ministre de la Culture, il n’y a qu’un pas.

Entrée du Ta Som, Angkor

Nous repartons avec papy (notre conducteur) pour récupérer nos vélos et nous accorder une pause déjeuner bien méritée. Nous choisissons une échoppe vierge de tous touristes et nous nous régalons de plats locaux pour pas grand-chose. Direction ensuite le Preah Khan, gigantesque temple en ruines parmi lesquelles nous déambulons un moment avant que la pluie ne vienne contrarier nos plans. Bien-sûr on avait oublié nos imperméables et l’on est donc trempé en cinq minutes. Il en faut plus pour nous arrêter et c’est trempés jusqu’aux os (littéralement) que nous arrivons au Preah Neak Pean où nous sommes bien accueillis. La pluie a cessé et un gardien se précipite pour nous aider à réparer le garde-boue de N. Nous devons faire peine à voir (N. est trempé jusqu’au bout de la barbe et J. porte un sac plastique pour cacher son t-shirt blanc) car le gardien nous propose de goûter un bout de son rouleau de riz. C’est une sorte de cylindre de riz collé avec quelque chose de non identifié au centre. Comme c’est très bon, nous demandons si l’on peut en acheter. Cris et rires s’en suivent, y compris des vendeurs de cartes postales qui ne nous sollicitent même pas. Une petite fille arrive vers N., plutôt impressionnée, et lui tend un rouleau de riz. Nous apprenons alors que c’est un cadeau et décidons donc d’acheter un ananas et d’en donner un quart à la petite fille, ravie. En passant devant le stand de sa mère, celle-ci nous offre alors une douceur khmère. Tout ça sans jamais nous demander d’argent, avec des sourires francs et au bout milieu du lieu le plus touristique du pays, voire de l’Asie du Sud-Est. C’est grâce à ce type d’expériences humaines que l’on apprécie vraiment le Cambodge. Le Preah Neak Pean en lui-même n’a pas grand intérêt puisque l’accès en est condamné et nous devons nous contenter de l’observer de loin.

Ta Som, Angkor

Direction ensuite le Ta Som dont le principal intérêt réside dans les quatre visages qui surmontent la porte d’entrée. On apprécie également son relatif isolement et le calme qui se dégage de ses ruines.  Nous nous dirigeons ensuite vers le Mébon Oriental, en passant par le Baray Oriental, ancien bassin devenu rizières.  Le Mébon Oriental est un temple montagne au sommet duquel on peut admirer des tours en ruines. Le Prè Rup, le dernier de la journée, ressemble au Mébon mais en mieux conservé. C’est normalement « the place to be » pour le coucher du soleil et nous sommes un peu effrayés par le nombre de véhicules sur le parking. Heureusement, la majorité des touristes attend le moment propice à la buvette et nous pouvons visiter le temple tranquillement avant de repartir rapidement car nous n’avons pas de lumière sur nos vélos. Le Prè Rup offre une vue magnifique sur la campagne et est un beau moyen de clôturer la journée.

Angkor Vat

C’est donc fatigués, après une quarantaine de kilomètres à vélo, que nous regagnons l’auberge que nous avons quittée il y a plus de dix heures. Nous arrivons affamés à The Indian, restaurant dont la nourriture de qualité vient contenter et remplir nos estomacs. C’est donc le ventre et la tête pleine que nous regagnons nos lits. En effet, le réveil le lendemain est prévu avant cinq heures.

J. à Angkor Vat

Sur les conseils du patron de l’auberge, nous enfourchons nos bicyclettes vers cinq heures afin de rejoindre Angkor Vat avant le lever du soleil. Même si N. déraille en cours de route, Jean-Noëlle atteignent le temple le plus célèbre du pays aux premières lueurs de l’aube. Nous nous précipitons à l’intérieur et nous asseyons pour admirer le soleil qui se lève derrière Angkor Vat. Nous en profitons pour prendre le petit-déjeuner. Il est six heures du matin. Une fois le soleil apparu, tous les touristes sortent du temple pour manger. Nous en profitons pour commencer la visite. L’intérêt principal d’Angkor Vat réside dans les bas-reliefs qui couvrent les quatre murs extérieurs. Ces bas-reliefs sont gigantesques (trois mètres de haut pour plusieurs dizaines de long) et magnifiques. On se promène donc autour du temple, guide en main et à l’affût du moindre détail. Une fois les secrets de ces bas-reliefs découverts, on pénètre à l’intérieur du temple, moins intéressant.

Devant le Ta Phrom, Angkor

De retour sur nos vélos, nous filons au Banteay Kdei, temple en ruines sympathique mais pas des plus marquants. En face de celui-ci, nous admirons le Sras Srang tout en dévorant un ananas. Il s’agit d’un bassin aux dimensions démesurées qui servait de piscine au roi l’ayant fait construire. Mégalo ? Nous poursuivons avec le Ta Phrom, rendu célèbre par le film Tomb Raider et complètement envahi par les arbres. Ici, les groupes de touristes quinquagénaires allemands et japonais sont légion. On admire le mélange des troncs et des pierres, de la nature et de la culture. La foule est néanmoins un peu trop nombreuse. Nous visitons ensuite le Ta Keo, temple montagne très escarpé et dont l’absence de bas-relief tranche avec les autres temples d’Angkor. Vient ensuite le Thommanon, temple assez simple composé de deux constructions et où un moine bouddhiste japonais fait sensation auprès de ses compatriotes en posant au milieu du temple.

Ta Phrom, Angkor

Il est grand temps de déjeuner et nous optons pour une petite gargote à proximité du Thommanon. Après avoir fait comprendre à la patronne que nous ne voulons pas des prix touristes, nous faisons notre choix sur la carte cambodgienne. Après nous être bien régalés nous reprenons nos vélos pour visiter Angkor Thom, la cité qui était la gloire de la période angkorienne. Nous commençons par sa porte Sud et le pont qui la précède. Sur celui-ci est représenté le barattage de la mer de lait, épisode fondateur de la croyance hindouiste au Cambodge. Après avoir admiré la porte Sud avec ses quatre visages, nous grimpons au sommet du mur d’enceinte d’Angkor Thom et pédalons le long du chemin jusqu’à la porte Ouest où nous redescendons. Cette promenade est loin d’être indispensable. Nous revenons ensuite vers le centre de la cité pour visiter la terrasse du roi lépreux et ses magnifiques moyen-reliefs aux centaines de courtisanes. Nous poursuivons avec la terrasse des éléphants et le Baphuon, sorte de temple pyramide depuis lequel la vue sur la cité est impressionnante.

Ta Phrom, Angkor

Notre visite des temples d’Angkor s’achève avec le Bayon, sans doute le plus beau et le plus mystérieux. Comme à Angkor Vat, la visite débute avec l’observation des bas-reliefs sur les murs extérieurs. Ceux-ci sont divisés en trois niveaux, ce qui les rend moins impressionnant mais n’enlève rien à la qualité de l’exécution. Puis on entre dans le temple et on gravit les quelques marches qui mènent à la première terrasse. On se retrouve alors entouré de dizaines de visages de plusieurs mètres de haut qui vous observent avec un sourire énigmatique. On se promène au milieu de ces gigantesques têtes aux quatre visages dans une ambiance assez étrange. Les touristes ne sont pas trop nombreux et on peut apprécier l’atmosphère du lieu. Il est temps désormais de rentrer à Siem Reap car nous n’avons pas la force d’attendre le coucher du soleil, magnifique sur le Bayon, paraît-il. En deux jours, nous avons parcouru une grosse soixantaine de kilomètres et visité pendant vingt-deux heures.

Moine bouddhiste japonais au Thommanon, Angkor

De retour en ville, nous prenons une bonne douche avant d’aller dîner à la Trattoria. Le Routard annonçait, entre autres, une cuisine française aux petits oignons. Apparemment, cela a changé puisque Jean-Noëlle se retrouvent dans une véritable Trattoria italienne. La nourriture est à tomber et nous nous régalons de bruschettas, pizza et gnocchis aux quatre fromages tout en sirotant du vin blanc. Pour faire simple, c’est le meilleur restaurant du voyage. Comme nous ne sommes même pas fatigués, nous poursuivons la soirée au Miss Wong, sorte de bar clandestin de la Chine des années 1920, où nous sirotons deux cocktails en mangeant des beignets vapeur. Puis nous finissons au Tuk-tuk bar, sans prétention mais efficace. Depuis le début de la soirée, quelque chose nous gêne sans que nous puissions vraiment mettre le doigt dessus. Nous comprenons au Tuk-tuk bar qu’il s’agit de l’absence de musique, et le barman nous explique qu’il s’agit d’une trêve musicale d’une semaine en raison du décès du roi père Sihanouk. Après avoir été empêchés de dormir deux soirs de suite par la musique de l’auberge alors que nous devions nous lever tôt le lendemain, lorsque nous pouvons enfin faire la fête, il n’y en a plus. Nous sommes ravis !

Courtisanes de la terrasse du roi lépreux, Angkor

Jeudi matin, c’est repos bien mérité avec petit-déjeuner The Blue Pumpkin au lit. Nous partons ensuite déjeuner sur le balcon du Chamkar, restaurant khmer végétarien où nous nous régalons d’un plat de patates douces et tomates cerise en sauce pour J. et de pâtes au pesto, à la cacahuète, à l’artichaut et aux tomates séchées pour N. Le balcon permet de profiter du cadre presque provençal des ruelles de l’hyper centre de Siem Reap. Celles-ci, ombragées et piétonnières (Henri, si tu nous lis), présentent des façades aux tons pastels qui abritent de petites boutiques et restaurants pour touristes. C’est très apaisant, surtout à l’heure du déjeuner où tous les touristes sont à Angkor. Nous en profitons donc pour acheter quelques souvenirs et cadeaux pour nos proches. Vers seize heures, nous nous rendons à The Happy Ranch. C’est l’occasion de nous remettre à l’équitation après les huit mois de pause qui ont suivi nos chevauchées indiennes. Juchés sur nos montures, nous traversons la campagne environnante avec le soleil qui décline sur les rizières peuplées de bambins et de buffles d’eau. Qui aurait cru que l’on puisse trouver un cadre si paisible à dix minutes à pied de l’effervescence de la ville.

Le Bayon, Angkor

Pour le dîner, nous choisissons un barbecue cambodgien afin de goûter les viandes de crocodile, autruche et kangourou qui y sont proposées. Si le crocodile, à mi-chemin entre le poulet et le poisson, s’avère sans intérêt, l’autruche, au goût proche du canard sauvage, et le kangourou, digne des meilleures pièces de bœuf, nous ont beaucoup plu. Comme toujours au Cambodge, le service est impeccable et attentionné. Direction ensuite le marché de nuit pour acheter plusieurs vêtements de baba cool et nos derniers souvenirs. Puis nous prenons quelques verres à l’Island Bar, au cœur du marché. La serveuse, enjouée, apprend le français et nous sollicite, papier et crayon en main, afin d’améliorer son vocabulaire. Nous sommes ravis de l’aider.

Le Bayon, Angkor

Vendredi matin, nous prenons (pour changer !) un petit-déjeuner The Blue Pumpkin dans le tuk-tuk qui nous mène à Kompong Khluk, village flottant qui borde le Tonlé Sap, gigantesque lac au centre du pays. Tout est construit sur pilotis et les bâtiments ne sont pas reliés entre eux. Il faut donc utiliser une barque, même pour aller voir son voisin. La découverte n’est pas indispensable, même si elle est plaisante. On est impressionné lorsque l’on arrive sur le lac qui ressemble plutôt à un océan, tant il est étendu. De retour à Siem Reap, nous déjeunons au milieu des papillons au Butterflies Garden Restaurant. La nourriture est encore une fois excellente et nous y restons un moment. Nous passons l’après-midi dans un café avec Internet puis dînons (Ô, surprise !) à la Trattoria. Nous retournons ensuite à l’Island Bar, dont notre petite serveuse francophone est absente.

The Happy Ranch, Siem Reap

Nous allons nous coucher, plein de souvenirs en tête, tant Angkor est un lieu magnifique et Siem Reap une ville agréable. Les temples d’Angkor sont sans doute la plus belle chose que nous ayons vu en Asie du Sud-Est et nous vous recommandons très vivement le vélo afin d’éviter les touristes et de profiter au mieux de la campagne environnante et des sourires de ses habitants.

Kompong Khluk