Cambodge : le bilan

Cigarettes Alain Delon

Commençons par le côté pratique. Au Cambodge, il est facile de voyager d’un point à un autre car les routes sont en bon état. De plus, vous trouverez toujours quelqu’un baragouinant quelques mots d’anglais. Ici on paie partout en dollars américains. C’est facile, puisqu’un dollar égale quatre mille riels, où que vous soyez. Nous avons dépensé sept-cents euros chacun en trois semaines en ne nous privant pas sur les activités (trek et équitation) et surtout sur les repas et les verres.

Portraits de Sihanouk, Battambang

En effet, la nourriture, au Cambodge, est tellement bonne qu’il faut se faire plaisir. On ne parle pas ici seulement de la nourriture khmère mais aussi de celle des autres pays asiatiques et même occidentaux, qui fut toujours exceptionnelle. Nos papilles frémissent encore de plaisir et nous pouvons remercier le Lonely Planet et Le Routard pour cela ! Au plaisir gustatif s’ajoute le plaisir des yeux avec les paysages de plaines et rizières à couper le souffle, ainsi que la variété des temples. Ne visitez pas que ceux d’Angkor, vous passeriez à côté de beaucoup de merveilles.

Grand-mère et petite-fille, Kampot

Nous avons visité le pays à la fin de la saison des pluies et avant l’arrivée massive des touristes en novembre. On nous a souvent répété que c’était la meilleure période pour profiter des paysages verts sans trop souffrir de la pluie. Last but not least, les Khmers sont souriants (encore plus qu’au Laos !) et rigolent très facilement. Leur joie de vivre est contagieuse et nous en garderons longtemps d’excellents souvenirs. C’est un pays où il fait bon vivre, et même si l’on croise beaucoup de touristes, on n’étouffe pas, même à Angkor.

Jeunes amoureux, Kep

Phnom Penh

Musée Tuol Sleng, ancienne prison S-21, Phnom Penh

Samedi vingt-sept octobre au matin, Jean-Noëlle prennent le bus pour Phnom Penh, la dernière destination de leur périple asiatique. En arrivant dans la capitale cambodgienne, nous posons nos sacs à la Lazy Gecko Guesthouse, achetons quelques t-shirts puis déjeunons sur place. J. est enfin complètement remise et son appétit s’en ressent ! Nous passons la première partie de notre après-midi au Musée Tuol Sleng. Pour parvenir à l’ancienne prison S-21, nous traversons la ville à pied. La circulation chaotique, le bruit, les hauts immeubles (tous relatifs, on vient de Chine, quand même !) font de Phnom Penh la seule vraie ville moderne du Cambodge. La visite du Musée Tuol Sleng nous prend deux bonnes heures et commence par un tour des geôles qui semblent inchangées depuis 1979. L’atmosphère est moins lourde que dans d’autres musées consacrés aux atrocités de guerre que nous avons pu visiter. Néanmoins, la visite est indispensable pour bien comprendre les atrocités commises par les Khmers Rouges et leurs répercussions sur la vie d’aujourd’hui. Une partie du musée est consacrée à la reconstruction du pays et l’on constate que certains des bourreaux ont été bien réintégrés à la société. Le pardon semble fonctionner au Cambodge.

Pagode d'argent, Phnom Penh

Nous passons ensuite faire un tour au Russian Market, typiquement asiatique puisqu’on y trouve de tout : de la nourriture, des vêtements, des souvenirs et babioles pour les touristes, des stands de manucure et de coiffure à côté de ceux des poissonniers, le tout très odorant, sombre, étroit et labyrinthique. Jean-Noëlle (Richard, si nous lis !) dînent ensuite au Nouveau Pho de Paris, délicieux restaurant vietnamien où le plat d’aubergines au porc haché que nous choisissons est renversant ! Nous rentrons nous coucher à la Lazy Gecko Guesthouse.

Musée national, Phnom Penh

Le lendemain matin, nous petit-déjeunons à The Shop, super petit salon de thé au bon pain et milk-shakes caloriques mais convaincants. Nous décidons ensuite de visiter la Pagode d’Argent et le Palais Royal mais ce dernier, en raison du décès du roi père Sihanouk, n’est pas fermé un mois, ni deux, mais bien trois ! Le prix de la visite (le plus élevé du pays) demeure pourtant inchangé. C’est bien dommage car la Pagode d’Argent ne présente qu’un intérêt limité par rapport à son pendant thaïlandais. Mais nous nous rattrapons avec le Musée National dont le cadre est magnifique et la collection exhaustive. On se promène au milieu de sculptures et bas-reliefs collectés dans tout le pays avec au centre du musée un splendide jardin où l’on peut faire une pause. Incontournable, surtout après avoir visité les nombreux temples du pays.

Portrait de Sihanouk, Palais Royal, Phnom PenhAvant de déjeuner, nous faisons un tour sur le marché central (Psar Thmei) pour négocier quelques montres Swatoh ! Quelle n’est pas notre surprise lorsque nous reconnaissons Catherine et Sophie, nos deux charmantes camarades de voyage du Nord du Laos. Ravis, nous échangeons nos impressions sur le Laos et le Cambodge puis nous séparons une avant-dernière fois (nous les avons recroisées pour un bref salut par tuk-tuk interposés). Nous déjeunons ensuite au Sam Doo Restaurant, spécialisé dans les dim sum chinois, un moyen de nous remémorer notre échange universitaire dans l’empire du milieu. Puis nous changeons de cadre en passant au Sorya Shopping Center, sorte de grand centre commercial à mi-chemin entre un fake market et un mall américain. Nous y achetons chacun une paire de chaussures (il faut bien faire des provisions pour l’hiver !).

Combats de boxe cambodgienne, CTN Studio, Phnom PenhSur les conseils de notre ami Alexandre, nous prenons un tuk-tuk pour nous rendre aux matches de boxe cambodgienne qui ont lieu au CTN Studio tous les dimanches. Nous ne sommes pas les seuls touristes à avoir eu le tuyau mais le public est quand même très majoritairement khmer. L’ambiance est démente (rien à voir avec Chiang Mai en Thaïlande) : les gens hurlent, applaudissent et rient sans cesse dans un brouhaha étouffant. Nous assistons à deux combats de boxe cambodgienne, plus violente que le Muay Thai puisque véritablement tous les coups semblent permis (ce n’est pas non plus du free fight !), et un de boxe anglaise, ennuyeux à mourir. De retour en ville, nous achetons quelques livres et cartes postales avant de profiter de l’happy hour du FCC, institution coloniale des bords du fleuve. Nous dînons ensuite au Sher-e-punjab, où nous savourons notre dernier repas indien en Asie puis buvons un verre au Rubies avant d’aller nous coucher.

Ta Phrom

Lundi matin, nous partons louer une moto pour la journée puis petit-déjeunons à nouveau à The Shop avant de rejoindre le Tonlé Bati. Aux abords de ce lac au charme dominical, nous commandons du poulet et du riz pour déjeuner. Lorsque nous voyons arriver un poulet rôti entier, nous sommes un peu surpris mais nous nous régalons finalement, après nous être assurés que le prix était raisonnable. Puis nous visitons le Ta Phrom, à proximité du lac. La visite n’est pas indispensable, même si les ruines de type angkorien sont jolies et paisibles. Après une partie de cache-cache avec une petite vieille vivant dans le temple, nous reprenons la route pour rejoindre le Phnom Chisor. En chemin, nous sommes contraints de nous abriter à cause de la pluie diluvienne. Une jeune femme nous propose même deux chaises pour nous asseoir en attendant que le temps s’améliore.

Phnom Chisor

Arrivés au sommet du Phnom Chisor, nous pénétrons un temple en ruines qui semble abandonné. Nous en profitons pour nous y promener un peu entre les blocs de pierre puis sortons par l’avant. Le panorama qui s’offre alors à nous est absolument fabuleux : la campagne cambodgienne, ses rizières, ses plaines, ses collines, ses cocotiers, s’étendent à perte de vue en un paysage à couper le souffle ! Après nous être abreuvés de cette beauté, nous rentrons à Phnom Penh prendre deux verres au FCC, comme la veille. Puis nous dînons à l’Orussey Restaurant que nous avions découvert le matin de notre correspondance entre Battambang et Kampot. L’addition est salée : deux dollars par personne. Le ventre un peu trop plein, nous rentrons nous coucher à la Lazy Gecko Guesthouse.

Depuis le Phnom Chisor

Pour notre dernier jour à Phnom Penh, nous avions prévu une promenade à vélo jusqu’à une île aux abords de la capitale. Mais après avoir bien réfléchi, nous craignons qu’elle ne soit très semblable à Don Kho au Laos. Cela ne nous empêche pas d’aller petit-déjeuner à The Blue Pumpkin, la délicieuse boulangerie que nous avions découverte à Siem Reap. Puis nous digérons nos milk-shakes en nous promenant dans la capitale en passant près de la Poste, du Wat Phnom, du Raffles Hotel Royal, de l’hôtel de ville puis au Central Market et au Sorya Shopping Market (encore ?!). Sur le Orussey Market, N. parvient enfin à négocier à un prix correct un chat doré chinois dont la patte bascule pour porter bonheur aux clients des boutiques dans lequel on le place. Ça pourra toujours servir. En chemin vers notre auberge, nous déjeunons dans la rue d’un inépuisable sandwich-baguette puis rentrons traînasser à la terrasse du Lazy Gecko, qui porte si bien son nom. En fin d’après-midi nous décollons pour aller boire un verre à l’Equinox, bourré d’expatriés français. Puis nous dînons pour la dernière fois à l’Orussey Restaurant, toujours à la hauteur, avant de prendre quelques derniers verres au Rubies et au Number 9.

Monument de l'Indépendance

Le lendemain trente-et-un octobre est passionnant puisque nous passons la journée dans les transports : avion Phnom Penh-Kuala Lumpur, dix heures à l’aéroport de Kuala Lumpur entre Starbucks Coffee, gros canapés du coin télé et Burger King, avion Kuala Lumpur-Paris. Nous atterrissons finalement jeudi premier novembre à six heures trente. Bien que nous portions toujours nos sarouels et nos tongues, notre périple asiatique de dix mois est bel et bien terminé.

Kampot et Kep

Marais salants, Kampot

Lundi vingt-deux octobre, Jean-Noëlle arrivent à Phnom Penh à quatre heures trente du matin. La première épreuve consiste à fuir les chauffeurs de tuk-tuk qui nous harcèlent. Nous traversons la ville à pied, nos vingt kilogrammes sur le dos, jusqu’aux bureaux d’une compagnie de bus qui sont bien entendu fermés. En attendant, nous filons au Orussey Restaurant où nous nous régalons de bao zi chinois. A sept heures, nous embarquons pour quatre heures de bus jusqu’à Kampot, notre destination finale. Nous nous rendons ensuite à la Bodhi Villa, super guesthouse aux pieds dans l’eau que nous a recommandée la propriétaire du Here Be Dragons à Battambang. Nous posons nos sacs dans notre chambre qui ne ferme pas à clef. Mais pas de problème, ici, comme à la Ross, tout est cool ! Après avoir englouti un délicieux déjeuner à la Bodhi Villa, nous visitons la Farm Link, coopérative productrice de poivre. La visite est décevante. Notez que Kampot est célèbre pour son poivre, et on comprend pourquoi !

Panorama depuis le Bokor

Puis c’est parti pour une longue promenade à travers la campagne de Kampot pour rejoindre ses marais salants. Les paysages sont superbes et c’est encore une fois l’occasion d’échanger des sourires et “Hello !” avec la population. C’est aussi l’occasion pour J. d’empêcher N. de marcher sur un serpent ! De retour en centre-ville, nous continuons notre promenade en traversant le vieux pont français puis en passant aux abords du manoir du gouverneur et de la prison. Nous prenons ensuite un verre au Hakari, sans intérêt, avant de dîner à nouveau d’un succulent sandwich-baguette sur le marché de nuit de Kampot.

Eglise catholique, Bokor

Le lendemain est consacré à une excursion en mini-van au Bokor, station balnéaire abandonnée il y a plusieurs décennies mais en cours de réhabilitation. Nous y visitons quelques bâtiments fantômes : les anciennes résidence, cuisines, et maison des concubines du roi. Puis nous partons crapahuter pieds nus autour de la cascade Popokville avant de déjeuner au Wat Sampeau Moi Roi, temple qui présente un panorama sublime sur la côte. La visite du Bokor se poursuit par un tour dans l’église catholique abandonnée puis autour de l’ancien casino qui est en train d’être transformé en musée. On est un peu déçu après s’être imaginé les Vietnamiens et les Khmers Rouges de tirer dessus dans la brume de cette montagne. Ca ne devrait pas s’arranger tant les projets immobiliers semblent se développer dans la région, comme le montre l’exposition sur le projet de développement par laquelle se clôt notre visite.

Phnom Chhnork

Après un verre au Wunderbar, nous embarquons pour un tour en bateau compris dans l’excursion. Cela nous permet de profiter du coucher du soleil tout en navigant sur la Kampong Bay River sur laquelle donne notre guesthouse. Le tour est un peu long et nous retournons prendre un verre au Wunderbar, tout en nous affrontant au billard. Puis rebelotte pour un dîner sandwich-baguette au marché de nuit. Le lendemain matin, nous petit-déjeunons au Sisters II, une petite boulangerie-salon de thé aux gâteaux absolument délicieux ! Puis nous partons en moto pour deux jours à Kep, sur la côte. En chemin, nous faisons une halte pour visiter Phnom Chhnork, sorte de temple miniature à l’intérieur d’une grotte. Ça change de d’habitude, même si la visite ne vaut pas le détour. Arrivés à Kep, nous nous installons au Kukuluku Beach Club que nous avait recommandé Rudy, le gentil Français rencontré à Luang Prabang au Laos.

Plantation de poivre de Kampot, Kep

C’est parti pour un déjeuner sur le marché aux crabes de Kep, au Diamond Jasmine. J. ne se sentant pas très bien, elle se contente d’une soupe au crabe, à la menthe et au citron, délicieuse, alors que N. s’en met plein les doigts en dégustant son crabe de Kep au poivre de Kampot, fabuleux. L’état de J. ne s’améliorant pas, elle décide de faire une sieste tandis que N. va visiter deux plantations de poivre, Chez Christophe et The Vine Retreat. A son retour, N. constate que J. est brûlante et décide de faire l’aller-retour pour récupérer des médicaments à Kampot où nous avons laissé nos gros sacs. Après cinquante kilomètres dont la moitié dans le noir et une partie sous une pluie torrentielle, le prince charmant descend de sa monture au secours de la princesse malade ! Jean-Noëlle, à nouveau réunis, dînent au Kimlit. La raie aux épices est encore meilleure que le crabe du midi, c’est incroyable. De retour au Kukuluku Beach Club, J. va se coucher tandis que N. prolonge la soirée au billard en compagnie de Charles, un Belge d’origine khmère revenu au pays pour importer du vin.

Koh Tonsay (ou Rabbit Island)

Le lendemain matin, Jean-Noëlle font une excursion sur Koh Tonsay (ou Rabbit Island). Arrivés sur l’île, nous en faisons le tour en deux heures environ. J. réussit à finir le tour de l’île malgré sa maladie mais arrive légèrement épuisée au déjeuner. L’île est absolument magnifique, le plus beau coin de paradis que nous ayons vu de nos dix mois de voyage. Les cocotiers, les populations locales, l’absence de touristes et l’eau réellement transparente font une belle apogée à nos escales maritimes. Nous dégustons un calamar grillé pour le déjeuner puis allons nous faire masser sur la plage, face à la mer. Silence.

Koh Tonsay (ou Rabbit Island)

De retour au Kukuluku Beach Club, nous faisons un tour dans la piscine puis croisons une énième fois Fabrice, le propriétaire français du lieu. Il nous propose de nous joindre à lui pour le dîner. D’ici là, nous nous installons devant l’auberge afin de profiter du coucher de soleil à deux mètres de l’eau. C’est superbe.

Nous dînons donc avec Fabrice, sa poule khmère et Eric, propriétaire d’une autre auberge de Kep. La conversation est d’autant plus intéressante qu’Eric est arrivé au Cambodge il y a vingt-cinq ans, ce qui nous permet d’en apprendre plus sur le pays et son évolution récente. Le lendemain matin, l’état de J. semble enfin s’améliorer et nous déjeunons une deuxième fois au Diamond Jasmine avant de rentrer à Kampot prendre un dessert chez Sisters II. C’est tellement bon ! Puis nous retournons à la Bodhi Villa où nous passons la nuit après un copieux dîner. J. espérait pouvoir enfin dormir mais c’était sans compter sur la soirée musicale du vendredi !

Koh Tonsay (ou Rabbit Island)

Battambang

Samedi vingt octobre au matin, nous montons dans un bus sur-climatisé en direction de Battambang. Amis esquimaux, bonjour ! En arrivant nous décidons de tester un nouveau restaurant indien dont nous trouvons l’adresse dans la nouvelle édition du Lonely Planet que nous a offert un membre du personnel de notre hôtel. Nous commandons deux nans et un thali, et voyons arriver deux pains de la taille d’une pizza. En plus d’être copieux, c’est DE-LI-CIEUX ! Le service souriant et impeccable nous donne envie de revenir au Flavors of India. Le ventre plein, nous entamons une marche digestive sur les quais de la deuxième plus grande ville du pays, à l’ombre des bâtisses coloniales.

Bamboo Train, BattambangNous nous rendons ensuite au Wat Damrey Sar, temple bouddhiste en travaux dont un jeune moine nous invite tout de même à visiter l’intérieur. Le seul intérêt réside dans les peintures murales très colorées relatant la vie de Bouddha. En chemin pour la résidence du gouverneur, nous sommes interceptés par Matthew qui nous invite à passer dans le bar qu’il a récemment ouvert avec des copains. Nous continuons notre route en direction du Bamboo Train. A mi-chemin, le soleil commençant sa descente, nous négocions un moto-dop pour deux. A l’arrivée, un policier en uniforme nous accueille en nous demandant cinq dollars chacun. Nous montons ensuite sur le célèbre Bamboo Train, une plaque de bambou d’un mètre cinquante sur deux mètres posée sur deux essieux et avec un moteur fixé sur la plaque. Ce système est démontable en quelques secondes, ce qui est pratique pour cette ligne de chemin de fer qui ne comporte qu’un rail. Les Bamboo Trains se la partage avec les vrais trains, mais ils ont plus de chances de se retrouver face à un autre Bamboo Train. Quand c’est le cas, le moins chargé démonte la structure et la remonte après le passage du plus chargé. Le projet de construction d’une ligne de chemin de fer reliant Singapour à la Chine devrait sonner le glas du Bamboo Train très prochainement.

Ferme aux crocodiles, Battambang

Nous rentrons à moto-dop jusqu’au Here Be Dragons où nous revoyons Matthew et rencontrons le couple de propriétaires. C’est l’occasion de discuter de l’entrepreneuriat et des expatriés en Asie du Sud-Est tout en sirotant quelques bières dans un hamac. L’adresse a du potentiel et a commencé depuis notre passage son activité de guesthouse et restaurant. Le lendemain nous prenons un petit-déjeuner vraiment bon au Gecko Café avant d’enfourcher la moto que nous avons louée pour la journée. Nous passons d’abord devant une usine Pepsi désaffectée que l’on ne peut malheureusement pas visiter, avant d’aller voir une ferme aux crocodiles. Trois bassins remplis de centaines de reptiles immobiles et la gueule ouverte s’étendent à nos pieds. On croirait presque des statues, jusqu’à ce que certains commencent à s’agiter. Ils sont extrêmement rapides et plutôt impressionnants.

Vat Kor Village

Jean-Noëlle poursuivent leur route vers le Nord à travers des villages authentiques et jusqu’au Vat Ek Phnom, grand temple en ruine situé derrière un autre temple flambant neuf. De retour à Battambang, nous déjeunons sur le marché Psar Nat, attablés à un petit stand où l’on nous sert de délicieux plats locaux. Nous passons sous silence le sandwich à la friture en forme de petits oiseaux Angry Birds. Nous remontons à moto en direction du Vat Kor Village où nous découvrons la maison d’héritage khmère d’une vieille femme francophone. Sans aucune faute de français, elle nous explique l’utilisation du bétel et nous parle de la période khmère rouge durant laquelle elle a perdu parents, mari et enfants…

Phnom Sampeau

Notre halte suivante est le Phnom Sampeau, temple construit au sommet d’une colline depuis laquelle on a un beau panorama sur la région. En redescendant, on peut visiter les killing caves, sorte de sanctuaire à la mémoire de ceux qui ont été poussés par les khmères rouges du haut de la falaise. Des crânes et des ossements confèrent au lieu son caractère sombre. Nous fuyons les enfants qui nous courent après en mendiant de l’argent pour apprendre l’anglais. Jean-Noëlle continuent leur route vers le Sud et font une pause œnologique à la Prasat Phnam Banon Winery, unique vignoble du pays. Nous y dégustons un vin rouge étrange, sucré et lourd, bien différent des vins auxquels nous sommes habitués, sans être mauvais pour autant. Nous avons quelques difficultés à nous faire comprendre de la propriétaire qui se fait bien pardonner par ses grands sourires et sa bonne humeur.

Prasat Phnam Banon Winery

Le coeur joyeux (mais les idées claires !), nous reprenons la moto jusqu’au Prasat Banan, temple en ruines lui aussi situé au sommet d’une colline mais dont la vue est cachée par la végétation. On apprécie quand même la promenade au milieu de ce lieu saint où les palmiers se mêlent aux vieilles pierres. De retour à Battambang, nous passons au Here Be Dragons boire quelques verres en écrivant des articles de blog. Nous prenons enfin un vrai sandwich-baguette sur le marché de nuit en bord de rivière. Rien n’est frit, c’est frais et très bon. N. se régale d’un dessert khmer et nous sautons dans le bus de nuit pour Phnom Penh.

Prasat Banan

Siem Reap et les temples d’Angkor

Banteay Srei, Angkor

Lundi quinze octobre, nous arrivons à Siem Reap vers dix-huit heures. Comme toujours, le bus nous lâche au milieu de nulle part et, pour la première fois au Cambodge, nous prenons un tuk-tuk qui nous mène au Garden Village que nous avons choisi pour base. Le confort est sommaire mais le service souriant et les prix intéressants (quatre dollars par nuit). Nous sortons ensuite dîner au Socheata II Restaurant. J. opte pour une salade de gambas à l’ananas et N. pour des cuisses de grenouilles. Ce restaurant khmer s’avère excellent et est, signe qui ne trompe pas, rempli de Cambodgiens. De retour vers l’auberge, nous faisons un crochet par The Blue Pumpkin pour prendre de délicieuses glaces en cornet. C’est le début d’une grande histoire d’amour.

Banteay Srei, Angkor

Le lendemain matin, nous nous levons tôt et enfourchons nos bicyclettes louées un dollar la journée à l’auberge pour rejoindre The Blue Pumpkin où nous petit-déjeunons de pâtisseries et smoothies aux fruits rouges pour le moins rassasiants. Il est huit heures lorsque nous quittons le centre ville de Siem Reap pour les temples d’Angkor. Après avoir tenté un raccourci qui n’en était pas un, nous parvenons finalement à l’entrée où nous achetons un billet trois jours qui coûte le prix de deux billets une journée, soit quarante dollars par personne. Nous commençons par la visite d’un temple situé à l’extrémité Est du complexe principal. C’est l’occasion de constater que les temples d’Angkor sont disséminés au milieu de petits villages qui ont su profiter du tourisme sans perdre leur authenticité. On pédale donc au milieu des rizières, cocotiers et sourires d’enfants, c’est ravissant. A notre arrivée au Banteay Samré, nous sommes littéralement harcelés par quelques gamins qui tentent de nous vendre des livres, cartes postales, écharpes, porte-clefs et bracelets, bons pour notre âme.

A moto-dop, Angkor

Le Banteay Samré constitue une très bonne introduction aux temples d’Angkor puisqu’il est relativement bien conservé et vide de touristes. Nous en profitons, comme à notre habitude, pour y flâner en discutant tout en prenant quelques clichés amusants avec le retardateur. Nous repartons ensuite vers le Banteay Srei mais, réalisant qu’il est situé à une trentaine de kilomètres de là où nous sommes, nous abandonnons nos montures pour un moto-dop, sorte de taxi-moto. Le conducteur ne parlant pas l’anglais, c’est le policier qui surveille le carrefour qui nous sert de traducteur. La négociation s’engage et nous nous en sortons à cinq dollars l’aller-retour, à deux sur la moto, soit trois avec le conducteur. Là, on se sent vraiment Cambodgien et, même si le confort est minimum et les courbatures se font sentir, on adore cette sensation de liberté et le fait de vivre le pays comme ses habitants. Arrivés au Banteay Srei, nous découvrons un temple magnifique aux teintes roses et dont les linteaux et les bas-reliefs sont si fins que la légende les dit réalisés par des femmes. On peut dire qu’André Malraux a du goût puisque c’est un des bas-reliefs de ce temple qu’il a tenté de subtiliser. Quand on a un goût artistique aussi développé, de pilleur à Ministre de la Culture, il n’y a qu’un pas.

Entrée du Ta Som, Angkor

Nous repartons avec papy (notre conducteur) pour récupérer nos vélos et nous accorder une pause déjeuner bien méritée. Nous choisissons une échoppe vierge de tous touristes et nous nous régalons de plats locaux pour pas grand-chose. Direction ensuite le Preah Khan, gigantesque temple en ruines parmi lesquelles nous déambulons un moment avant que la pluie ne vienne contrarier nos plans. Bien-sûr on avait oublié nos imperméables et l’on est donc trempé en cinq minutes. Il en faut plus pour nous arrêter et c’est trempés jusqu’aux os (littéralement) que nous arrivons au Preah Neak Pean où nous sommes bien accueillis. La pluie a cessé et un gardien se précipite pour nous aider à réparer le garde-boue de N. Nous devons faire peine à voir (N. est trempé jusqu’au bout de la barbe et J. porte un sac plastique pour cacher son t-shirt blanc) car le gardien nous propose de goûter un bout de son rouleau de riz. C’est une sorte de cylindre de riz collé avec quelque chose de non identifié au centre. Comme c’est très bon, nous demandons si l’on peut en acheter. Cris et rires s’en suivent, y compris des vendeurs de cartes postales qui ne nous sollicitent même pas. Une petite fille arrive vers N., plutôt impressionnée, et lui tend un rouleau de riz. Nous apprenons alors que c’est un cadeau et décidons donc d’acheter un ananas et d’en donner un quart à la petite fille, ravie. En passant devant le stand de sa mère, celle-ci nous offre alors une douceur khmère. Tout ça sans jamais nous demander d’argent, avec des sourires francs et au bout milieu du lieu le plus touristique du pays, voire de l’Asie du Sud-Est. C’est grâce à ce type d’expériences humaines que l’on apprécie vraiment le Cambodge. Le Preah Neak Pean en lui-même n’a pas grand intérêt puisque l’accès en est condamné et nous devons nous contenter de l’observer de loin.

Ta Som, Angkor

Direction ensuite le Ta Som dont le principal intérêt réside dans les quatre visages qui surmontent la porte d’entrée. On apprécie également son relatif isolement et le calme qui se dégage de ses ruines.  Nous nous dirigeons ensuite vers le Mébon Oriental, en passant par le Baray Oriental, ancien bassin devenu rizières.  Le Mébon Oriental est un temple montagne au sommet duquel on peut admirer des tours en ruines. Le Prè Rup, le dernier de la journée, ressemble au Mébon mais en mieux conservé. C’est normalement « the place to be » pour le coucher du soleil et nous sommes un peu effrayés par le nombre de véhicules sur le parking. Heureusement, la majorité des touristes attend le moment propice à la buvette et nous pouvons visiter le temple tranquillement avant de repartir rapidement car nous n’avons pas de lumière sur nos vélos. Le Prè Rup offre une vue magnifique sur la campagne et est un beau moyen de clôturer la journée.

Angkor Vat

C’est donc fatigués, après une quarantaine de kilomètres à vélo, que nous regagnons l’auberge que nous avons quittée il y a plus de dix heures. Nous arrivons affamés à The Indian, restaurant dont la nourriture de qualité vient contenter et remplir nos estomacs. C’est donc le ventre et la tête pleine que nous regagnons nos lits. En effet, le réveil le lendemain est prévu avant cinq heures.

J. à Angkor Vat

Sur les conseils du patron de l’auberge, nous enfourchons nos bicyclettes vers cinq heures afin de rejoindre Angkor Vat avant le lever du soleil. Même si N. déraille en cours de route, Jean-Noëlle atteignent le temple le plus célèbre du pays aux premières lueurs de l’aube. Nous nous précipitons à l’intérieur et nous asseyons pour admirer le soleil qui se lève derrière Angkor Vat. Nous en profitons pour prendre le petit-déjeuner. Il est six heures du matin. Une fois le soleil apparu, tous les touristes sortent du temple pour manger. Nous en profitons pour commencer la visite. L’intérêt principal d’Angkor Vat réside dans les bas-reliefs qui couvrent les quatre murs extérieurs. Ces bas-reliefs sont gigantesques (trois mètres de haut pour plusieurs dizaines de long) et magnifiques. On se promène donc autour du temple, guide en main et à l’affût du moindre détail. Une fois les secrets de ces bas-reliefs découverts, on pénètre à l’intérieur du temple, moins intéressant.

Devant le Ta Phrom, Angkor

De retour sur nos vélos, nous filons au Banteay Kdei, temple en ruines sympathique mais pas des plus marquants. En face de celui-ci, nous admirons le Sras Srang tout en dévorant un ananas. Il s’agit d’un bassin aux dimensions démesurées qui servait de piscine au roi l’ayant fait construire. Mégalo ? Nous poursuivons avec le Ta Phrom, rendu célèbre par le film Tomb Raider et complètement envahi par les arbres. Ici, les groupes de touristes quinquagénaires allemands et japonais sont légion. On admire le mélange des troncs et des pierres, de la nature et de la culture. La foule est néanmoins un peu trop nombreuse. Nous visitons ensuite le Ta Keo, temple montagne très escarpé et dont l’absence de bas-relief tranche avec les autres temples d’Angkor. Vient ensuite le Thommanon, temple assez simple composé de deux constructions et où un moine bouddhiste japonais fait sensation auprès de ses compatriotes en posant au milieu du temple.

Ta Phrom, Angkor

Il est grand temps de déjeuner et nous optons pour une petite gargote à proximité du Thommanon. Après avoir fait comprendre à la patronne que nous ne voulons pas des prix touristes, nous faisons notre choix sur la carte cambodgienne. Après nous être bien régalés nous reprenons nos vélos pour visiter Angkor Thom, la cité qui était la gloire de la période angkorienne. Nous commençons par sa porte Sud et le pont qui la précède. Sur celui-ci est représenté le barattage de la mer de lait, épisode fondateur de la croyance hindouiste au Cambodge. Après avoir admiré la porte Sud avec ses quatre visages, nous grimpons au sommet du mur d’enceinte d’Angkor Thom et pédalons le long du chemin jusqu’à la porte Ouest où nous redescendons. Cette promenade est loin d’être indispensable. Nous revenons ensuite vers le centre de la cité pour visiter la terrasse du roi lépreux et ses magnifiques moyen-reliefs aux centaines de courtisanes. Nous poursuivons avec la terrasse des éléphants et le Baphuon, sorte de temple pyramide depuis lequel la vue sur la cité est impressionnante.

Ta Phrom, Angkor

Notre visite des temples d’Angkor s’achève avec le Bayon, sans doute le plus beau et le plus mystérieux. Comme à Angkor Vat, la visite débute avec l’observation des bas-reliefs sur les murs extérieurs. Ceux-ci sont divisés en trois niveaux, ce qui les rend moins impressionnant mais n’enlève rien à la qualité de l’exécution. Puis on entre dans le temple et on gravit les quelques marches qui mènent à la première terrasse. On se retrouve alors entouré de dizaines de visages de plusieurs mètres de haut qui vous observent avec un sourire énigmatique. On se promène au milieu de ces gigantesques têtes aux quatre visages dans une ambiance assez étrange. Les touristes ne sont pas trop nombreux et on peut apprécier l’atmosphère du lieu. Il est temps désormais de rentrer à Siem Reap car nous n’avons pas la force d’attendre le coucher du soleil, magnifique sur le Bayon, paraît-il. En deux jours, nous avons parcouru une grosse soixantaine de kilomètres et visité pendant vingt-deux heures.

Moine bouddhiste japonais au Thommanon, Angkor

De retour en ville, nous prenons une bonne douche avant d’aller dîner à la Trattoria. Le Routard annonçait, entre autres, une cuisine française aux petits oignons. Apparemment, cela a changé puisque Jean-Noëlle se retrouvent dans une véritable Trattoria italienne. La nourriture est à tomber et nous nous régalons de bruschettas, pizza et gnocchis aux quatre fromages tout en sirotant du vin blanc. Pour faire simple, c’est le meilleur restaurant du voyage. Comme nous ne sommes même pas fatigués, nous poursuivons la soirée au Miss Wong, sorte de bar clandestin de la Chine des années 1920, où nous sirotons deux cocktails en mangeant des beignets vapeur. Puis nous finissons au Tuk-tuk bar, sans prétention mais efficace. Depuis le début de la soirée, quelque chose nous gêne sans que nous puissions vraiment mettre le doigt dessus. Nous comprenons au Tuk-tuk bar qu’il s’agit de l’absence de musique, et le barman nous explique qu’il s’agit d’une trêve musicale d’une semaine en raison du décès du roi père Sihanouk. Après avoir été empêchés de dormir deux soirs de suite par la musique de l’auberge alors que nous devions nous lever tôt le lendemain, lorsque nous pouvons enfin faire la fête, il n’y en a plus. Nous sommes ravis !

Courtisanes de la terrasse du roi lépreux, Angkor

Jeudi matin, c’est repos bien mérité avec petit-déjeuner The Blue Pumpkin au lit. Nous partons ensuite déjeuner sur le balcon du Chamkar, restaurant khmer végétarien où nous nous régalons d’un plat de patates douces et tomates cerise en sauce pour J. et de pâtes au pesto, à la cacahuète, à l’artichaut et aux tomates séchées pour N. Le balcon permet de profiter du cadre presque provençal des ruelles de l’hyper centre de Siem Reap. Celles-ci, ombragées et piétonnières (Henri, si tu nous lis), présentent des façades aux tons pastels qui abritent de petites boutiques et restaurants pour touristes. C’est très apaisant, surtout à l’heure du déjeuner où tous les touristes sont à Angkor. Nous en profitons donc pour acheter quelques souvenirs et cadeaux pour nos proches. Vers seize heures, nous nous rendons à The Happy Ranch. C’est l’occasion de nous remettre à l’équitation après les huit mois de pause qui ont suivi nos chevauchées indiennes. Juchés sur nos montures, nous traversons la campagne environnante avec le soleil qui décline sur les rizières peuplées de bambins et de buffles d’eau. Qui aurait cru que l’on puisse trouver un cadre si paisible à dix minutes à pied de l’effervescence de la ville.

Le Bayon, Angkor

Pour le dîner, nous choisissons un barbecue cambodgien afin de goûter les viandes de crocodile, autruche et kangourou qui y sont proposées. Si le crocodile, à mi-chemin entre le poulet et le poisson, s’avère sans intérêt, l’autruche, au goût proche du canard sauvage, et le kangourou, digne des meilleures pièces de bœuf, nous ont beaucoup plu. Comme toujours au Cambodge, le service est impeccable et attentionné. Direction ensuite le marché de nuit pour acheter plusieurs vêtements de baba cool et nos derniers souvenirs. Puis nous prenons quelques verres à l’Island Bar, au cœur du marché. La serveuse, enjouée, apprend le français et nous sollicite, papier et crayon en main, afin d’améliorer son vocabulaire. Nous sommes ravis de l’aider.

Le Bayon, Angkor

Vendredi matin, nous prenons (pour changer !) un petit-déjeuner The Blue Pumpkin dans le tuk-tuk qui nous mène à Kompong Khluk, village flottant qui borde le Tonlé Sap, gigantesque lac au centre du pays. Tout est construit sur pilotis et les bâtiments ne sont pas reliés entre eux. Il faut donc utiliser une barque, même pour aller voir son voisin. La découverte n’est pas indispensable, même si elle est plaisante. On est impressionné lorsque l’on arrive sur le lac qui ressemble plutôt à un océan, tant il est étendu. De retour à Siem Reap, nous déjeunons au milieu des papillons au Butterflies Garden Restaurant. La nourriture est encore une fois excellente et nous y restons un moment. Nous passons l’après-midi dans un café avec Internet puis dînons (Ô, surprise !) à la Trattoria. Nous retournons ensuite à l’Island Bar, dont notre petite serveuse francophone est absente.

The Happy Ranch, Siem Reap

Nous allons nous coucher, plein de souvenirs en tête, tant Angkor est un lieu magnifique et Siem Reap une ville agréable. Les temples d’Angkor sont sans doute la plus belle chose que nous ayons vu en Asie du Sud-Est et nous vous recommandons très vivement le vélo afin d’éviter les touristes et de profiter au mieux de la campagne environnante et des sourires de ses habitants.

Kompong Khluk

Kratie et Kompong Tom

Samedi treize octobre nous prenons un minivan pour Kratie. Le trajet dure cinq heures et est accompagné des effluves d’alcool et des aboiements des Français de notre auberge. Arrivés à Kratie, nous trouvons une auberge à deux pas du marché puis déjeunons à la Star Guesthouse où la nourriture, longuement préparée à la commande, est délicieuse. Nous enfourchons ensuite nos bicyclettes pour quinze kilomètres le long du Mékong afin d’aller observer les dauphins de l’Irrawaddy. Sur la route, nous sommes sans cesse apostrophés par les « Hello ! » des enfants et parfois de leurs parents. Les bords du fleuve sont parsemés de maisons en bois sur pilotis, sur fond de rizières et de cocotiers. C’est superbe.

Coucher de soleil à Kampi

Arrivés à l’embarcadère de Kampi in extremis avant la fermeture du guichet, nous sautons dans un bateau pour un tour d’une heure en quête des derniers dauphins d’eau douce d’Asie du Sud-Est, également présents aux alentours de la frontière lao-cambodgienne en amont et au Myanmar. Ils ne se font pas prier et nous apercevons rapidement un premier couple qui sort furtivement de l’eau toutes les deux minutes. Nous les suivons au ralenti et avons même la chance d’en voir sauter un, chose rare. Ces dauphins d’eau douce sont presque noirs avec la tête d’un beluga, de courtes nageoires et un corps plus proche d’un traversin que d’un dauphin d’eau de mer. Le coucher du soleil et le départ des autres bateaux ajoutent à la magie du moment. Nous revenons à terre ravis, jusqu’à ce que nous réalisions que le chemin du retour se fera dans le noir, sans lumière et sans éclairage public.

Sambor Prei Kuk

Jean-Noëlle tentent d’abord un contre la montre avec la nuit, rapidement perdu, avant de se rendre à l’évidence. C’est parti pour une heure de calvaire, éclairés par les feux des voitures et motos qui nous doublent et nous croisent, sans voir où l’on roule. Le lendemain matin, sans traîner, nous grimpons dans un bus pour Kompong Thom. Celui-ci est d’abord parti à l’opposé de notre destination, s’est promené pendant une bonne heure avant de revenir au point de départ. On aurait préféré se lever une heure plus tard, merci ! Vers quinze heures trente, nous arrivons à Kompong Thom où nous posons nos sacs à la Santepheap Guesthouse, pas chère et propre. Après avoir réservé une moto pour le lendemain, nous nous promenons en ville afin d’apercevoir l’ancienne résidence du gouverneur français entre les grilles du parc qui l’entoure, ainsi que l’envol de chauve-souris d’une quarantaine de centimètres d’envergure au soleil couchant. Nous dînons dans une petite échoppe de rue. Les propriétaires sont ravis de nous avoir et nous aussi puisque les plats sont savoureux et le service souriant.

Sambor Prei Kuk

Lundi matin nous petit-déjeunons sur les quais après avoir acheté deux viennoiseries asiatiques près du marché. Nous partons ensuite à moto pour les temples préangkoriens de Sambor Prei Kuk. Première tentative par la route principale qui se solde par un échec après cent mètres de piste sablonneuse détrempée. On est censée la parcourir sur une dizaine de kilomètres et au vu des difficultés que même les locaux rencontrent, nous rebroussons chemin. Nous prenons alors le chemin des écoliers, bien plus sympa puisque nous traversons des plaines de rizières à perte de vue ainsi que de nombreux petits villages traditionnels où les Cambodgiens sur leur trente-et-un (ils fêtent le dernier jour de la fête des ancêtres) sont ravis de nous indiquer la route à suivre. Une bonne heure plus tard, nous arrivons enfin à Sambor Prei Kuk.

Sambor Prei Kuk

Trois petits ensembles de temples sont disséminés dans la forêt. On va de l’un à l’autre à pied tout en admirant les quelques ruines préangkoriennes. La promenade est agréable puisque c’est pour ainsi dire désert (excepté quelques adolescents khmers). Il est impressionnant de voir comment la nature reprend ses droits sur la pierre, notamment à la porte de l’un des temples, à la fois détruite et maintenue par un arbre. A faire avant les temples d’Angkor. De retour à Kompong Thom, nous déjeunons à la même échoppe que la veille au soir, pour le grand plaisir des propriétaires. En rendant la moto, le loueur nous apprend le décès de Sihanouk, roi-père et figure emblématique du pays. Nous sautons dans un bus qui nous mène à Siem Reap en trois heures.

Sambor Prei Kuk

Banlung et le Ratanakiri

Dimanche sept octobre, Jean-Noëlle sortent du bus à Stung Treng après trois heures de route depuis Don Det au Laos. Comme souvent, le bus ne s’est pas privé de nous abandonner au bord de la route principale, c’est-à-dire à plus de deux kilomètres du centre-ville. C’est parti pour un peu de marche en supportant nos sacs à dos. Nous arrivons à la Riverside Guesthouse sans encombre grâce à N. qui a empêché J. de marcher sur un serpent mal en point. Avant de déjeuner, nous nous renseignons sur le prix des excursions pour voir les dauphins du Mékong. Cette deuxième tentative est aussi un échec, les prix allant de cinquante à cent dollars en fonction de la formule. Comme il serait également possible de les voir à Kratie (prononcez « kratché »), nous abandonnons cette piste et c’est donc parti pour une après-midi glandouille à la guesthouse.

Le lendemain, nous quittons Stung Treng en minivan pour rejoindre Banlung en trois heures de route. Nous avons choisi cette destination comme point de départ d’un trek dans le réputé parc national de Virachey dans la province du Ratanakiri, au Nord-Est du Cambodge. Nous posons nos sacs au Banlung Balcony au bord du lac de la ville. Au milieu de notre étude de marché pour les treks, nous faisons une pause au POV Socheat où nous dégustons notre premier lok lak, spécialité nationale. Il s’agit de bœuf sauté en sauce et cette première rencontre s’avère tout à fait réussie. Nous optons finalement pour le trek de trois jours de Parrot Tour (pour cent dollars chacun), tant la présentation du vendeur est convaincante. Au fait, au Cambodge, on paie en dollars la grande majorité de ses dépenses. Un dollar est toujours et partout égal à quatre-mille riels, c’est plus simple comme ça.

Lac Yeak Lom

Nous partons ensuite à pied jusqu’au lac Yeak Lom situé à quatre kilomètres de la ville. Belle balade ! Il s’agit d’un lac volcanique de plusieurs centaines de mètres de diamètre encerclé par la forêt et d’une couleur vert émeraude (qui ne rend pas du tout en photo). Nous sommes accueillis par les cris et les rires des familles et groupes d’adolescents cambodgiens qui viennent y pique-niquer et s’y baigner sans oublier leur gilet de sauvetage. Nous choisissons un ponton peu fréquenté et plongeons dans l’eau qui s’avère tiède. Nous rentrons, toujours à pied (re-belle balade) à notre auberge, avant de nous rendre au Coconut Shake Restaurant où nous dégustons le meilleur coconut shake que nous n’ayons jamais bu (et l’un des meilleurs fruit shakes tout court). Changeons de paragraphe pour lui rendre hommage.

Lac Yeak Lom

Le lendemain, nous louons une moto pour nous rendre aux alentours de Bokeo. Premier arrêt aux mines de pierres semi-précieuses. A défaut de véritables mines, des puits sont creusés dans le sol. Ceux en activité sont protégés par une bâche. Des hommes descendent des seaux grâce à une poulie pour récupérer de la terre, que d’autres trient à la main à la recherche des fameuses pierres. Ce travail est difficile à cause de la chaleur étouffante. Nous partons ensuite pour Andong Meas, village fluvial, dans l’espoir de visiter un cimetière traditionnel. Malheureusement nous rentrons sans en avoir trouvé aucun et apprenons qu’il fallait traverser la rivière. Nous avons en tout cas profité des paysages magnifiques, mais très différents et moins beaux que ceux du Laos. De retour à Banlung, Jean-Noëlle ne peuvent résister à un deuxième coconut shake que nous savourons face au soleil qui se couche sur le lac.

Mines de pierres semi-précieuses à Bokeo

Mercredi matin, nous quittons Banlung Balcony pour trois jours de trek dans le parc national de Virachey. L’auberge ressemble à une gigantesque villa de bord de mer dans laquelle on viendrait passer des vacances entre amis ou en famille. Le grand billard et la télé écran plat avec ses nombreux DVDs gravés permettent de s’occuper une fois la nuit tombée. Le propriétaire, un retraité occidental, ajoute au charme du lieu. Après une heure de moto, Jean-Noëlle arrivent enfin à la rivière que nous devons traverser pour atteindre le parc. En chemin, nos deux chauffeurs nous ont décrit quelques caractéristiques des mœurs des khmers et de certaines ethnies. Nous remontons la rivière pendant une petite heure en compagnie de Tomy, vingt-et-un ans, notre guide pour le trek. Une fois à terre, nous rejoignons notre ranger chez qui nous déjeunons.

L’après-midi qui suit se résume à cinq heures de marche au milieu de paysages variés : forêt de type occidental, clairières, jungle, rizières, etc. Nous traversons même une rivière à la nage, un peu surpris par la puissance du courant. Heureusement, nous sommes d’excellents nageurs ! Un peu avant la tombée de la nuit, nous parvenons enfin à la cascade près de laquelle nous allons bivouaquer. Nous nous y baignons rapidement afin de nous rafraichir. Et puis ça fait douche, aussi ! Pour le dîner, notre ranger nous a concocté une spécialité ethnique : dans un bambou transformé en cocotte minute, il a fait cuire des légumes, du porc et des herbes aromatiques. Le résultat est très réussi. Nous nous installons ensuite tous les quatre à l’intérieur de nos hamacs-moustiquaires : nous voilà transformés en bananes militaires pour la nuit !

Hamac militaire

Jeudi matin, nous partons pour deux heures trente de trek dans la jungle jusqu’à rejoindre la rivière en passant par une montagne depuis laquelle nous profitons d’un magnifique panorama. Nous déjeunons tranquillement puis, tandis que notre ranger part à la recherche de longs bambous, Tomy et Jean-Noëlle jouent aux cartes. C’est l’occasion de discuter avec lui un peu plus que d’habitude. Il nous apprend notamment que les tribus ethniques n’aiment pas aller faire leur marché en ville car les commerçants chinois passent leur temps à les escroquer. En effet, les ethnies ne connaissent pas la valeur pécuniaire des biens qu’ils achètent. Et Tomy de conclure dans un grand éclat de rire que si les Chinois ne sont pas aussi riches en Europe qu’au Cambodge c’est parce que, la loi étant plus forte, ils ne peuvent pas agir ou corrompre en toute impunité.

Verre et touilleur en bambou

De retour de la jungle, notre ranger commence à assembler la douzaine de bambous de six mètres de long qu’il a coupés. En effet, la prochaine étape de notre voyage est une descente de la rivière sur un radeau en bambous. Lors de la confection du radeau par notre ranger nous remarquons sa dextérité avec le bambou et la multitude de façon dont on peut l’utiliser. En effet, le bambou peut servir à la fois pour du mobilier, un mur, une cuillère, un plat, une cocotte minute, de la ficelle, une touillette, un échafaudage, et un radeau ! Nous descendons finalement une bonne heure sur la rivière, pas franchement au sec mais pas trempés non plus. Arrivés à des rapides, nous descendons du radeau pour rencontrer la famille qui nous accueille pour la nuit.

Radeau en bambou

Ils sont quatre : le père, quatre-vingt ans et très souriant, la mère, quarante-cinq ans et tout aussi accueillante et les deux petites filles, très timides surtout quand N. se trouve à proximité. Pour nous divertir Tomy nous propose de cueillir du riz avec le père pendant cinq minutes puis de nous baigner/laver dans la rivière avant que la nuit ne tombe (Amélie ?). Nous nous réunissons ensuite dans la cuisine/salle à manger/chambre à coucher. Il n’y a pas l’électricité, nous nous éclairons donc grâce au feu, à deux bougies et à notre lampe de poche. Celle-ci, achetée en Indonésie, éclaire de deux façons différentes, au loin ou autour, ce qui intrigue beaucoup notre hôte. Face à son sourire édenté, nous finissons par la lui offrir. Ce sera un remerciement pour la nuit, les cigarettes locales (du tabac roulé dans une feuille d’arbre encore verte), les bananes bouillies et surtout le jar wine. Il s’agit d’une jarre remplie de riz fermenté et de feuilles d’arbres au goût sucré dans laquelle on verse de l’eau. Celle-ci récupère l’alcool et le goût de la mixture par gravité. On plonge deux pailles en bois dans la jarre et nous devons boire un bol d’eau chacun. Impossible de tricher, un bol d’eau sera reversé pour vérifier le niveau. Au deuxième tour, il est possible de boire en duo, car même si l’alcool est doux, il peut être traître. C’est l’occasion d’échanger beaucoup de sourires avec nos hôtes qui nous gâtent et décident finalement qu’ils sont assez à l’aise avec nous pour dormir dans la même pièce, ce qui n’était pas prévu au départ. On se couche joyeux après cette expérience inoubliable.

Nos hôtes d'une nuit

Vendredi matin, nous petit-déjeunons avec la famille puis montons jusqu’à un superbe panorama sur les montagnes environnantes tandis que notre ranger renforce le radeau en bambou. Nous le rejoignons ensuite en aval des rapides du dragon blanc, nommées ainsi car certains disent y avoir vu un dragon blanc avant de tomber gravement malades. Une fois à bord, nous naviguons pendant deux heures trente sur une large rivière bordée par la jungle. C’est très apaisant et nous sommes bercés par les cris des oiseaux. Les passages de rapides sont rafraîchissants et notre guide Tomy rit toujours autant !

Panorama sur les montagnes

Nous déjeunons à nouveau dans la maison de notre ranger qui élève de nombreux porcs, poulets, et enfants au milieu d’une forêt d’anacardiers. Sachez que notre ranger vend un dollar un kilogramme de noix de cajou (fruit de l’anacardier). Quand on connaît les prix chez nous, on ne plaint pas les intermédiaires ! Après avoir dit adieu à notre ranger, Jean-Noëlle et Tomy se mettent en route pour deux heures de marche sur un chemin de terre qui nous mène jusqu’au point où nous devons traverser la rivière. De l’autre côté nous attend le frère de Tomy qui nous avait emmenés en moto à l’aller. Chacun prend place derrière son conducteur favori et nous arrivons une heure plus tard à l’auberge où nous pouvons enfin prendre une vraie douche ! Au coucher du soleil, nous buvons notre dernier coconut shake en dégustant quelques brochettes au bord du lac.

J. et Tomy

Avant le dîner, Tomy et son petit frère Sako qui étudie le français au lycée viennent nous chercher au Banlung Balcony en moto. C’est l’occasion de préciser que la fratrie est composée de quatre membres. L’aîné est marié et attend un enfant, c’est lui qui nous a emmené et ramené en moto, il est guide également. Le second, excellent vendeur, est celui qui tient la boutique. Le troisième est Tomy, sans doute le plus joyeux de tous. Sako, le benjamin, est le jeune francophone que nous venons de rencontrer. Tomy et Sako nous emmènent donc dîner au bord du lac pour nous faire découvrir le Bunchao, délicieuse spécialité cambodgienne : une galette de riz et d’œuf fourrée à la viande que l’on agrémente de salade, menthe et autres herbes aromatiques avant de la tremper dans une sauce pimentée à la cacahuète. Nous les remercions pour cette super trouvaille.

Les ravages des sangsues

Mais ça n’est pas pour cela que nous passons la soirée avec eux. En effet, pendant trois jours, les Cambodgiens fêtent leurs morts (P’Chum Ben, l’équivalent de notre Toussaint) en priant et en leur faisant des offrandes à la pagode. C’est là que nous nous rendons ensuite. Ça ressemble à une grosse kermesse avec chamboule-tout, fléchettes, stands de restauration, ballons, bonbons, et bien sûr une piste de danse. Un véritable mur d’enceintes crache une musique à casser les tympans. On commence par de la pop cambodgienne sur laquelle seulement quelques adultes dansent, un peu comme au mariage musulman auquel nous avions assisté à Riung en Indonésie. Puis c’est le tour des plus jeunes avec de la musique internationale. Tomy et Sako nous jettent dans la foule et nous dansons un bon moment au milieu des Cambodgiens de tous âges, ravis, exceptée une petite fille que la barbe de N. a fait éclater en sanglots, couverts par le rire de sa mère.

Sur le chemin du retour, Tomy et Sako nous font découvrir les desserts khmers à base de fruits. On goûte même un durian shake, boisson préférée de Sako. Pour J. ça ne passe toujours pas mais N. pourrait peut-être (on insiste sur le conditionnel) un jour apprécier ce fruit puant. A l’entrée du Banlung Balcony, Jean-Noëlle remercient chaleureusement Tomy et Sako pour leur invitation et cette géniale expérience, tout en promettant de les ajouter sur Facebook le soir-même.