Chiang Rai et le Golden Triangle

Après trois heures trente de bus, nous arrivons à Chiang Rai vers vingt et une heure. Juste avant que ne ferment les cuisines de la Chat House où nous logeons. Cela aurait été dommage car la nourriture y est délicieuse et les portions vraiment copieuses.

White Temple, Chiang Rai

Le lendemain nous nous levons et demandons où il est possible de louer une voiture. Le patron de l’auberge nous propose une jeep que loue un de ses amis. Le temps qu’il arrive, nous faisons cadeau à l’auberge de notre lessive du trek à laver. Le propriétaire de la jeep n’est autre qu’un agent de la police touristique qui baragouine trois mots de français et nous fait signer un contrat avec assurance avant de nous confier les clefs de son véhicule. Nous voilà rassurés. Après quelques « shot gun place avant ! », N. prend le volant, à droite. Le levier de vitesse est à gauche, évidemment… Heureusement, l’embrayage est à gauche et l’accélérateur à droite. Sinon, nous rendions les clefs !

White Temple, Chiang Rai

C’est parti pour la frontière birmane en faisant un crochet par le Sud de la ville pour voir le Wat Rong Khun, aussi appelé White Temple. Il s’agit d’un temple complètement barré. Pour commencer, les cônes de circulation orange et blanc sont surmontés d’une tête de mort. Près de l’entrée on est accueilli par un buste de Predator qui s’enfonce dans l’herbe, des crânes aux cheveux longs dans les arbres et deux statues ornées de têtes de mort vous avertissant des méfaits du tabac et de l’alcool. Le temple, comme son nom l’indique, est d’un blanc éclatant, agrémenté d’éclats de miroir, ce qui le rend presque aveuglant lorsque les nuages disparaissent enfin.

White Temple, Chiang Rai

Pour pénétrer dans ce temple encore en construction, on traverse un pont surplombant une fosse d’où s’échappe des mains tendues. Celles-ci appartiennent sans doute à des damnés, et l’on peut apercevoir ici ou là un doigt d’honneur, une main tenant un gros phallus ou des mains célèbres comme celles de Wolverine.  A l’intérieur du temple, le clou du spectacle est une fresque inachevée représentant le combat du bien contre le mal symbolisé dans le désordre par George W. Bush, Oussama Ben Laden, Alien, Kung Fu Panda, Angry Birds, Superman, Resident Evil, Harry Potter, Avatar, Batman, Spiderman, Pepsi, Jabba le Hutt, Predator, Jigsaw, Freddy Krugger, Sailor Moon, Neo. Liste non exhaustive ! Bref, cette vision du bouddhisme nous a beaucoup plu.

Phratat Doi Tung

En route pour l’extrémité Nord du pays, nous faisons une halte pour déjeuner dans un restaurant sans carte en anglais et où nous prenons des glaces en dessert. Fausse bonne idée ! Arrivés au poste frontière de Mae Sai, nous bifurquons à gauche pour longer en jeep la frontière birmane sur une route déconseillée aux conducteurs non aguerris. Les virages serrés et les pentes abruptes rendent la conduite éprouvante sur la crête qui sépare les deux pays. Heureusement, les paysages, surtout côté birman, sont à couper le souffle. Nous faisons quelques haltes à des postes de contrôle où l’on nous laisse passer avec le sourire. Notre objectif est de visiter le temple Phratat Doi Tung d’où nous pensons jouir du plus beau panorama de la région. Il n’en est rien mais la visite n’est pas désagréable pour autant. Même si la conduite est très difficile, nous recommandons cette balade tant les paysages qu’on y aperçoit sont beaux.

Frontière birmane

Retour à Mae Sai pour passer la nuit à la Bamboo House, très modeste mais peu chère. Henri et N. sont victimes d’une intoxication alimentaire, on vous avait dit que les glaces étaient une erreur. Henri s’est remis en quarante-huit heures environ, N. en deux fois plus de temps. La bienséance nous limite à vous dire que la méthode la plus rapide des deux a mieux fonctionné du fait d’une non digestion des aliments !

Frontière birmane

Le lendemain mardi onze septembre, c’est un N. un peu vert et amaigri qui prend le volant. Première halte au Hall of Opium qui mérite vraiment une visite. Celle-ci débute par l’ascension d’un sombre tunnel d’une trentaine de mètres de long orné de bas reliefs représentant la souffrance. Après un film de présentation, nous nous promenons dans des salles retraçant l’histoire du commerce et de la consommation de l’opium à l’aide d’un voilier de grandeur nature, de statues de monarques, de vidéos, animations et collections d’objets servant dans le processus de la consommation. Tout est très bien réalisé. On passe ensuite à l’étage inférieur qui est consacré à la prévention contre les drogues. Pas du tout moralisateur, le discours est percutant et on y apprend entre autre que l’héroïne a été créée pour palier la dépendance à la morphine (et la cocaïne pour celle à l’héroïne !), que des médicaments et du vin à base d’opium étaient prescrits même pour des nourrissons, et que la CIA a financé le trafic de drogues pendant des années car les opposants aux différents régimes communistes de la planète utilisaient le trafic de drogues pour acheter des armes.

Frontière birmane

Direction ensuite le triangle d’or à proprement parler. Triangle car il est le point de rencontre du Laos, du Myanmar et de la Thaïlande, or car c’était la monnaie d’échange utilisée pour le commerce de l’opium. Nous déjeunons sur une charmante terrasse en bordure du Mékong en admirant la vue sur le Myanmar en face. C’est néanmoins moins beau que la veille. Le véritable se situe à un kilomètre au Nord et nous sommes quelque peu déçus par ce lieu qui n’est finalement qu’une double frontière fluviale. On apprécie plus le concept que la vue elle-même puisqu’il n’y a aucune altitude. Nous rentrons à Chiang Rai faire nos sacs à la Chat House car nous nous séparons le lendemain : Paris pour FP et Henri, Laos par voie terrestre pour Jean-Noëlle. Merci les amis !