Shanghai : Promenades et visites

Article écrit à l’aéroport de Manille, entre deux cookies et un chocolat glacé, en attendant mon avion pour Puerto Princesa sur l’île de Palawan. Tout cela pour vous dire que je publierai prochainement des articles sur mes deux semaines aux Philippines.

Il faut savoir que j’avais déjà passé quelques jours à Shanghai, en novembre 2007. J’étais alors avec ma famille au sein d’un groupe. C’est notamment cette expérience qui m’a fait choisir cette nouvelle « capitale mondiale » pour mon échange ; je savais que je pourrais m’y épanouir. Néanmoins, j’avais gardé de mauvais souvenirs, ceux de foules oppressantes sur les trottoirs, de voitures trop nombreuses dans les rues. Mes souvenirs étaient tellement négatifs à ce sujet que lorsque je suis arrivé mi-février et que j’ai commencé à me promener à pied dans les rues, j’ai tout de suite relativisé. J’exagère à peine en affirmant que j’ai trouvé les trottoirs et rues vides de passants et de voitures. Tant mieux, ça commençait bien !

Je pense que Shanghai est une ville qui peut déplaire énormément si on n’y passe que quelques jours pour du tourisme. On a l’impression qu’il n’y a pas grand-chose à voir ou à visiter, que c’est plus occidental que véritablement chinois, que c’est cher. Mais quand on y reste pour un semestre universitaire, le voile tombe rapidement et la variété des quartiers et des lieux potentiels de visites, ainsi que le côté profondément chinois de la ville s’offrent alors au nouvel expatrié, patient. Shanghai est une femme qui ne se dévoile pas immédiatement, il faut lui laisser du temps pour qu’elle livre ses charmes. Au bout de quelques semaines j’ai donc apprivoisé Shanghai et je m’y suis donc très rapidement senti chez moi. Les chinois sont dans l’ensemble très sympathiques et on prend vite des repères et ses habitudes dans cette ville aux vingt-trois millions d’habitants. Bref, il y a quelques heures, je n’avais pas vraiment envie de partir.

Bund, Shanghai

Promenades :

La promenade la plus classique est de descendre Nanjing Dong Lu (East Nanjing Road) vers le Huangpu. Le Huangpu est la rivière qui scinde Shanghai en deux : Pudong, l’Est de la rivière, et Puxi, l’Ouest de la rivière en traduction littérale (Dong=Est, Xi=Ouest). Les « Champs Elysées » locaux sont sans doute l’avenue la plus fréquentée de Chine. Il s’agit plus précisément d’une avenue piétonne d’une trentaine de mètres de large que bordent malls chinois, enseignes occidentales (Mc Donald’s, Häagen Dazs, Zara, Apple, etc.) et nombreux autres magasins pour touristes et Shanghaiens friqués. Puis on arrive sur le Bund (prononcez « Bounde » en français, « Beunde » en anglais), cette longue promenade centenaire où se succèdent de majestueux bâtiments de la première moitié du siècle précédent : banques surtout, hôtels aussi, voire bien sûr restaurants, bars et magasins. L’intérêt est de grimper les quelques marches qui mènent à la promenade le long du Huangpu pour observer l’autre côté, Pudong, et sa ligne de gratte-ciels. Ceux-ci sont éclairés ou non, tous visibles ou non, selon le moment de la journée et le brouillard/les nuages (naturels ou dus à la pollution ?) qui les enveloppent parfois. Si vous avez le temps, traversez la rivière (sur ou sous l’eau) et promenez-vous en face. La vue depuis Pudong sur le Bund a un certain intérêt, malheureusement souvent négligé par les touristes pressés. (Je la ramène mais il m’aura fallu plus de trois mois pour me balader le long des quais piétons de Pudong !)

Moins incontournable et au moins aussi touristique, la vieille ville. Malgré son nom, lorsque l’on sort du métro, on a un peu l’impression d’être à Disneyland (rassurez-vous l’ouverture d’un parc est prévue à Shanghai dans les années à venir). Certes les bâtiments ont l’air traditionnel mais il y a tellement de boutiques de souvenirs, de groupes de touristes, etc. qu’on a du mal à saisir le charme de l’endroit. Deux solutions pour y parvenir. Tout d’abord, aller se promener au Yu Yuan (jardin Yu) : superbe, intime et extrêmement paisible, on aimerait y rester toujours. Ensuite, se perdre dans les ruelles de la vieille ville, loin de l’agitation du centre, là où des chinois vendent toutes sortes de légumes et fruits, poissons et viande (souvent vivants) accroupis sur le trottoir. C’est finalement une sorte de marché désordonné. C’est typique, ça fait vieille ville et ça a véritablement du charme.

Si l’Europe vous manque, je vous suggère d’aller vous promener dans la concession française, à l’ombre des platanes. Vous pourrez flâner à votre guise au milieu des Shikumen (maisons traditionnelles chinoises en pierre sur deux niveaux) et faire du lèche-vitrine en découvrant de quoi sont capables les créateurs shanghaiens. Parfait quand le temps est clément. Pourquoi ne pas faire une halte à Tianzifang, quartier piéton de Shikumen où se mêlent ruelles étroites, restaurants, boutiques à la mode ou traditionnelles et galeries d’art ? C’est souvent très fréquenté mais ça a beaucoup de charme. On peut aussi aller faire un tour à Xintiandi, beaucoup plus moderne et cher, où sont concentrés les bars à la mode et les marques de luxe chinoises. Dans ce quartier qui a perdu son âme lors de sa rénovation, on croise surtout les touristes, expats et chinois les plus riches. Néanmoins, “Xintiandi is a place where older people find it nostalgic, younger people find it trendy, foreigners find it cultural, and Chinese people find it foreign.” Et je suis sûr que pour ces raisons, Xintiandi en charmera plus d’un.

Pour finir, la promenade qui est, selon moi, de loin la plus intéressante pour s’immerger dans la Chine traditionnelle est à faire dans le quartier de Hongkou, au Nord de Suzhou Creek. Nous l’avons faite avec J. pour relier la Synagogue Ohel Moshe à un parc au Nord-Ouest de celle-ci qui était malheureusement fermé quand nous arrivâmes. On se balade d’une rue à l’autre, on croise des poules, de petites échoppes de nourriture ou de bricolage, mais on ne croise pas un seul occidental, que des chinois et peu de voitures. Là on est vraiment dépaysé et ça fait du bien !

Fumerie d'opium, Shanghai History Museum

Visites historiques et culturelles :

Tout d’abord le Shanghai Museum sur lequel je ne m’étendrai pas car je ne l’ai pas revisité lors de mon deuxième voyage. Je pense que c’est un musée incontournable, pour les courageux. Un seul mot le résumerait très bien : exhaustif. Ca implique qu’on peut y passer des heures mais que ça peut aussi devenir fatigant. Certains guides disent qu’il s’agit du meilleur musée de Chine et je veux bien les croire. Néanmoins, n’y allez que si cela vous intéresse vraiment et que vous êtes prêts à y passer du temps (il le mérite !).

Ensuite le Shanghai History Museum, à faire également. Un peu dans le même genre que les superbes musées de Hong-Kong et Macau, le Shanghai History Museum retrace de manière très ludique les derniers siècles de l’histoire de Shanghai. On se promène au milieu de quelques échoppes d’artisans puis carrément dans des rues reconstituées avec leurs commerces et restaurants. C’est très réaliste et on se promène en découvrant comment on vivait à Shanghai le siècle dernier. Fort sympathique.

Le Shikumen Open House Museum n’est pas indispensable mais il vaut vraiment le coup d’oeil dans la mesure où il se visite rapidement. Il s’agit tout simplement d’un Shikumen reconstitué dans sa forme originelle avec cour, bureau, salon et cuisine en bas, chambres en haut et au demi-étage. On s’y croirait. On y trouve aussi quelques caricatures sympathiques et un historique de Xintiandi (d’où est extraite la citation plus haut). J’y ai notamment appris que le principe des épiceries ouvertes 24/7 existe depuis de nombreuses décennies et qu’elles servaient au départ à acheter le strict nécessaire (cigarettes et journaux) à l’entrée des allées de Shikumen. On les appelaient alors Yan Zhi Store. Ils ont depuis été remplacés par les C-Store, Family Mart, Seven-Eleven, Well Mart, Kedi, All Days, etc. (Ca va me manquer à mon retour en France !)

Le Site du Premier Congrès National du Parti Communiste Chinois, gratuit et à proximité du Shikumen Open House Museum à Xintiandi. Pas transcendant mais intéressant pour (re)découvrir la création et l’évolution du PCC dans ses premières années. On y trouve même une reconstitution d’une réunion du premier congrès avec statue de cire de Mao.

Le Centre Artistique des Affiches de Propagande, à voir absolument pour plusieurs raisons. Tout d’abord parce qu’il est situé au sous-sol d’un immeuble d’habitation et que pour le trouver, même avec les indications du Lonely ou du Routard, c’est assez folklorique ! Ensuite parce qu’il s’agit d’une collection privée (ce qui explique le premier point) ce qui rend les textes explicatifs (en chinois, en anglais et parfois même en français) assez neutres, voire critiques (c’est rare au pays de la censure et de la propagande). Enfin parce que la collection est riche de centaines d’affiches dont de nombreuses dizaines, parfaitement conservées, sont exposées.

Le Temple du Bouddha de Jade est le seul temple que j’ai visité lors de mon séjour à Shanghai. Il faut dire aussi qu’on en avait bouffé du temple lors de la première partie de notre périple jeune ! Par ailleurs, je ne suis pas sûr que les temples intéressants soient très nombreux à Shanghai. En tous les cas celui-ci est en activité ce qui constitue son principal intérêt. On doit payer un supplément pour voir le bouddha de Jade, vert pâle et haut d’un mètre quatre-vingt dix assis environ. Les photographies sont interdites et on est tenu à plusieurs mètres de distance de la statue par une barrière. On peut aisément s’en passer, donc.

La Synagogue Ohel Moshe dans le quartier de Hongkou dont le seul intérêt est le mémorial de l’Holocauste, créé en partenariat avec le mémorial d’Auschwitz. C’est exhaustif et on (ré)apprend, effrayé par les atrocité que l’homme est capable de commettre.

La Xiao Tao Yuan Masjid (ou Peach Garden Mosque) où j’ai été un vendredi midi, récemment. Bâtiment pas vraiment mis en valeur, deux plaques informatives mais surtout une atmosphère orientale (occidentale pour ici !) très agréable : appel à la prière, recueillement, on y médite sans voir le temps passer. Puis on achète quelques brochettes d’agneau en sortant. Sachez que les meilleures brochettes en Chine sont celles proposées par les musulmans (exceptées celles vendues devant le Phebe, mais ça c’est une autre histoire !).

Pour finir cette catégorie, le génial Shanghai Science and Technology Museum que j’ai visité hier après-midi en compagnie d’Estelle et Nina. On y a passé trois bonnes heures et on ne s’est pas ennuyé une seconde dans ses gigantesques salles classées par thèmes. Mentions spéciales pour le labyrinthe aux miroirs, la salle inclinée type bateau qui tangue, le robot qui termine un Rubik’s Cube en cinquante-sept secondes, la balade dans le système digestif (avant expulsion à l’imagerie très osée !) et enfin le Tetraxon Balancer, fauteuil fixé à différents cercles qui tournent dans tous les sens pour entraîner les astronautes à se retrouver sens dessus dessous ! Seul regret, et de taille, le musée est très mal entretenu et de nombreuses activités ne sont pas disponibles car abîmées.

Xiao Tao Yuan Masjid (ou Peach Garden Mosque), Shanghai

L’art contemporain à Shanghai :

Le Shanghai Art Museum à l’Ouest de People’s Square, dans un bâtiment en briques rouges avec une tour avec une horloge. Les expositions sont aux trois quarts temporaires et c’est gratuit donc ça permet d’y aller souvent. J’y ai vu un artiste assez « barré » qui présentait des voitures sous un angle vivant (difficile à décrire mais assez étonnant de voir un cœur battre sous un capot ou une Aston Martin transformée en insecte) ainsi que des œuvres très diverses de Luis Chan, artiste Hong-Kongais qui semble s’être inspiré de tous les styles, de l’impressionnisme à l’art traditionnel chinois en passant par le fauvisme. J’y ai aussi vu deux belles collections de peintures de Miro (désolé, mais pour moi c’est juste les Shaddoks en plus coloré !) et de Leo Erchun, au style assez diversifié lui aussi (type bande dessinée, estampes, etc., peu coloré en général).

Le MOCA (Museum Of Contemporary Art), perdu dans les feuillages de People’s Square m’a, entre autres œuvres moins intéressantes, fait découvrir le travail de l’artiste coréenne (du Sud !) Seoung Won Won  à travers sa série  “My Age of Seven” que je vous propose de découvrir ici.

La Shanghai Gallery of Art, localisée dans le Three on the Bund, où j’ai découvert Fang Wei, est d’un intérêt limité même si les œuvres sont de qualité et le cadre original (gigantesques espaces de béton gris).

Le quartier de Redtown et son Shanghai Sculpture Space où je vous déconseille de passer si vous ne restez que quelques jours à Shanghai. Néanmoins, si vous avez un peu plus de temps pour visiter la ville et souhaitez découvrir des lieux différents, Redtown fera très bien l’affaire. On y trouve surtout un vaste parc meublé de grandes statues (taureau mécanique, Mercedes en briques rouges, Penseur obèse, Einstein, etc.) et le Shanghai Sculpture Space dont les pièces exposées sont toutes originales et donnentn une bonne vue d’ensemble de ce dont les Chinois sont capables en termes de sculpture. Il peut y avoir de l’inspiration à prendre pour les artistes occidentaux !

M50, Shanghai

Et pour finir cet article en beauté, laissez-moi vous parler du M50, quartier de galeries contemporaines situées dans les anciennes usines du 50 de Moganshan Lu (Moganshan Road). On s’y promène aisément plusieurs heures en passant d’une galerie à l’autre, au hasard ou en suivant les conseils d’un guide quelconque (ou plutôt d’un quelconque guide, ne soyons pas médisant !). On trouve de tout, de l’original au carrément laid, de la sculpture (rare) à la peinture en passant par la photographie. Là aussi ça donne un bon aperçu de l’art contemporain chinois, digne d’un intérêt certain. Voici certaines des galeries que j’ai visitées :

– ShangART et ShangART H-Space, les deux galeries les plus connues, surtout axées sur la sculpture et les performances lors de mon passage, intéressantes ;

– Island 6, où sont exposées les œuvres très originales de Liu Dao, faites de personnages ou de formes composés de LEDs qui se meuvent derrière des photos ou dessins traditionnels chinois ;

– Ofoto, où j’ai pu admirer les belles photos de Daniele Dainelli ayant pour modèle des objets de la vie de tous les jours dans la campagne chinoise ;

– Pata Gallery, aux peintures mettant en scène des crânes, de manière plus ou moins réussie ;

– Provence Art, galerie de l’artiste Qiu Sheng Xian sur le nom duquel je vous conseille vivement de cliquer (zoomer sur les photos, une partie de l’intérêt est dans le détail) ;

– M97 (au 97 Moganshan Lu, donc en dehors du M50) où j’ai découvert les magnifiques photos en noir et blanc de paysages naturels de Michael Kenna ;

– Epsite qui exposait les portraits et photos de villes chinoises de Shen Wei, assez réussis.

N.

M50, Shanghai