Province des montagnes et Manille (île de Luzon)

Mercredi matin nous partons à 9h30 de Banaue en jeepney pour arriver moins de deux heures plus tard à Bontoc (deux-cents pesos soit quatre euros environ). Notre but est d’aller à Sagada donc nous avons prévu de ne rester que quelques heures à Bontoc avant de reprendre une jeepney pour notre destination finale. Nous partons déjeuner avec deux Mexicains, Carlos et Memo. Leur Lonely Planet indique que Bontoc est le lieu idéal pour manger de la viande de chien. Après avoir raté le coche au Vietnam et en Chine, cette fois je fonce ! Les mexicains se dégonflent finalement et Stéphane et moi déjeunons au Junny’s Sagada Lunch. Avant de commencer à manger, deux Philippins d’âge mûr nous proposent de prendre un shot de Ginebra avec eux. Le Ginebra est un alcool local ; ça tape mais ça n’est pas mauvais. Après deux photos prises avec eux on se met à table. Le chien que nous avons mangé sentait fort, n’était pas très tendre et avait un goût proche du mouton. C’est pas mal, mais pas réellement bon non plus. A essayer.

Un shot de Ginebra avec deux Philippins à Bontoc

Notre déjeuner terminé, je récupère mes boots chez le cordonnier mitoyen. La semelle s’était décollée pendant notre longue randonnée de la veille et j’envisageais déjà de les balancer. Quand j’ai vu le cordonnier je lui ai logiquement dessus et j’ai récupéré deux boots parfaitement remises à neuf (mais pas lavées, je vous l’accorde !) pour cent-trente pesos (deux euros cinquante centimes environ). C’est ça l’Asie ! Nous rejoignons ensuite nos deux compères mexicains pour visiter le musée de Bontoc, consacré aux ethnies des montagnes. C’est très intéressant, on y trouve de nombreuses photos, des costumes traditionnels, des contenants, des bijoux, des crânes d’animaux et humains, et même un certain nombre de huttes grandeur nature. Une halte à faire si on n’est pas pressé. J’achète quelques souvenirs puis nous revenons à l’arrêt des jeepneys.

Cordonnier de rue à Bontoc

Là nous retrouvons les australiennes et allemandes qui avaient fait le premier trajet avec nous. La route est bloquée du fait d’un glissement de terrain. Nous avons bien fait de nous promener en ville car nous ne patienterons que quelques minutes avant de partir enfin pour Sagada. Le trajet dure quarante-cinq minutes et coûte moins d’un euro. Les Mexicains m’offrent un buco, une délicieuse pâte à la noix de coco de couleur bordeaux(Ah, Bordeaux !)-brune. Le trajet sera aussi l’occasion pour moi de discuter avec Shireen Seno, charmante réalisatrice philippine. Vous trouverez ici le site de Big Boy, son premier film. Arrivés à Sagada, Stéphane et moi fonçons au Saint-Joseph Inn pour réserver une chambre pour deux nuits que nous négocions à quatre-cents pesos au lieu de cinq-cents (huit euros environ par personne pour deux nuit). Nous dînons enfin au Kimchi, restaurant à l’atmosphère “roots” (murs décorés de capsules de San Miguel, photos de Bob Marley, tables en bois brut, musique reggae) et au service jeune et agréable. Nous prenons un poulet Adobo (poulet en sauce épicée à l’ail, à l’origan et au paprika accompagné de pommes de terre et de riz). C’est la première fois que je vous en parle mais j’ai déjà très souvent dégusté ce plat typique philippin qui se dérive notamment avec du porc. Allez, au dodo, le programme du lendemain est chargé !

Ethnies montagnardes au musée de Bontoc

Ou pas ! Parce qu’au réveil, il pleut des chats et des chiens, et ça, c’était pas prévu. On avait programmé deux journées ensoleillées pour se promener autour de la ville, au milieu des rizières, près des cercueils suspendus, dans une cave. On va à l’office du tourisme demander ce qu’ils pensent de la météo : il y a un typhon pour au moins deux jours donc il devrait pleuvoir en continu, ce qui est très gênant pour les randonnées. Quant à la cave, on pourrait avoir de l’eau jusqu’au torse. Ce n’est pas un problème en soi mais aucun de nous (Stéphane, Carlos, Memo et Hiro, un japonais) n’a vraiment envie de se mettre à l’eau (froide sans doute) par ce temps-là. Après même pas vingt-quatre heures passées à Sagada, nous décidons de rentrer à Manille. On s’y ennuiera toujours moins qu’à Sagada, même s’il n’y a rien à faire. C’est reparti pour un tour de jeepney pour Bontoc. Nous en descendons avant l’arrivée à cause d’un nouvel éboulement et finissons le trajet en tricycle après avoir observé les bulldozers dégager la chaussée. Je déjeune au Churya-a d’un copieux plat de nouilles avec Stéphane puis nous grimpons dans le bus pour Manille : départ à quinze heures, arrivée à deux heures trente minutes le lendemain, vendredi, et six-cent-cinquante pesos soit treize euros. Arrivés à Manille, nous prenons un taxi pour la Friendly’s Guesthouse où nous passons la nuit éveillés en attendant l’heure du check-in.

Glissement de terrain entre Sagada et Bontoc

Deux choses que j’ai oubliées de vous dire dans mon premier article sur Manille. Devant toutes les banques ainsi que certains magasins et restaurants on trouve un ou plusieurs gardes armés de fusils à pompe, rien de moins ! Notez qu’ils portent une trousse de premiers secours à la ceinture, à côté des cartouches pour le fusil. La deuxième chose concerne la façon dont j’ai perçu Manille par rapport à ce qu’on en avait dit avant que j’y passe quelques jours. On m’avait parlé d’une ville surpeuplée, bruyante et très polluée mais je n’ai pas trouvé Manille pire qu’une capitale européenne de ce point de vue. Les gens croisés à Palawan décrivaient Manille comme peu sûre et sans intérêt touristique. Je ne l’ai pas trouvée dangereuse le moins du monde (avec tous ces gardes armés en même temps…) mais je reconnais que passer plus de vingt-quatre heures à Manille est une perte de temps. C’est juste une ville de transit avant de prendre un avion ou un bus. Où l’on peut notamment acheter pour cinq-cents pesos (dix euros environ) un “all you can eat” chez Häagen Dazs !

Ecole à Bontoc

La journée se déroule sans grande activité autre que sur mon mini-PC puisque je fais quelques recherches pour mon avenir professionnel. Puis c’est l’heure du barbecue organisé par l’auberge. Tous les soirs la Friendly’s Guesthouse offre une bouteille de rhum ou de whisky à ses backpackers. Le vendredi il y a le barbecue et plus d’alcool, le samedi c’est vin et fromage avec plus d’alcool également. Tout cela est une très bonne idée car ça permet à tout le monde de discuter avec tout le monde (j’ai tenu une conversation en allemand, ça faisait longtemps) et on s’organise pour sortir ensuite tous ensemble. Hier nous sommes allés dans une grande rue piétonne pleine de bars, dont nous avons fait la fermeture. Halte KFC puis taxi pour rentrer à l’auberge et suite des conversations sur la terrasse. Je suis réveillé depuis plus de vingt-quatre heures quand je m’endors enfin, dans le lit en dessous du mien !

Entre Sagada et Bontoc

Aujourd’hui j’ai pensé visiter le cimetière chinois (Henri, une remarque ?) qui ressemblerait plus à une ville qu’à un cimetière tant les tombeaux ont été aménagés comme des maisons. J’ouvre le Petit Futé pour voir comment y aller. C’est un peu loin, la météo est mitigée, je reste à l’auberge. Dans quelques heures je partirai pour Bali où je rejoins J. Finalement Ludovic, un charmant Marseillais étudiant en médecine réussi à me convaincre de le suivre dans le quartier de Quiapo. On s’y promène entre les boutiques qui vendent tout et n’importe quoi, sur le marché, on passe par la Basilika Ng Nazareno. C’est typique du quartier commerçant de grande ville d’Asie, ça me rappelle Hanoi, Delhi. On ne croise pas un seul touriste et on partage de bons moments avec quelques Philippins. Au retour nous prenons le métro aérien. J’aime essayé les métros des villes que je visite. Un trajet coûte douze pesos (vingt centimes environ), on est rapidement fouillé à l’entrée et carrément compressé dans les wagons. Allez, je vous laisse, j’y vais. N’oubliez pas de garder cinq-cent-cinquante pesos (onze euros) en billets pour payer la taxe d’aéroport au départ des Philippines.

N.

PS : J’ai retrouvé le nom de la boîte où nous étions allés le week-end dernier en discutant avec l’un des DJs dudit soir. Il s’agit du Time.

Province d’Ifugao (île de Luzon)

Il est vingt-deux heures et mon bus de nuit pour Banaue (province d’Ifugao, au pied de la chaîne de la cordillère, sur l’île de Luzon) part de Manille. Le voyage coûte quatre-cent-cinquante pesos (soit neuf euros environ). Après nous être rendus compte que nous avons à peu près le même programme, Stéphane et moi, nous décidons de passer notre semaine montagnarde ensemble. Nous arrivons neuf heures plus tard dans le village de Banaue, à sept heures du matin. Un rabatteur nous saute dessus au réveil et à la sortie du bus. Il nous propose de séjourner au Uyami’s Greenview Lodge. Je regarde dans le Petit Futé qu’Henri m’a laissé (son état empire de jour en jour, désolé…) et la critique est très bonne. Nous suivons donc le jeune Philippin. Nous prenons une chambre et un petit-déjeuner. J’essaie un jus de Calamansi chaud, cet agrume vert de la taille d’une mirabelle qui est beaucoup utilisé dans la cuisine philippine. C’est très bon.

Rizières de Banaue Après avoir déjeuné (la nourriture au Greenview est vraiment bonne et peu chère, on s’en sort à moins de trois euros par plat) notre rabatteur au T-shirt jaune nous emmène en tricycle au point de vue depuis lequel nous allons traverser les rizières pour rentrant vers Banaue. Celles-ci sont vieilles de deux-mille ans et culminent à mille-cinq-cents mètres tandis que Banaue est à mille-deux-cents mètres d’altitude. [Pas facile à lire, les nombres en lettres, hein ?] Il est midi lorsque nous partons du point de vue après une belle averse. Nous refuserons de nombreux guides tout au long de notre randonnée ; franchement, il n’y a en gros qu’un seul chemin, on ne peut pas se tromper ! Notre promenade qui durera de midi à quinze heures est un émerveillement. On marche sur les bordures des rizières, sur les murets des canaux d’irrigation, en pleine jungle, on grimpe, on descend, on glisse, on se salit, on tombe, on s’arrête, on prend des photos. Bref, on passe vraiment un bon moment dans ce gigantesque environnement naturel. On comprend pourquoi les Philippins surnomment les rizières de la Cordillère la huitième merveille du monde ! On rentre à l’hôtel et on ne se couche pas trop tard car demain, on recommence.

Rizières en terrasses de Banaue

Mardi matin (hier), Stéphane et moi nous réveillons tôt et avalons un petit-déjeuner avant de rejoindre notre Philippin au T-shirt jaune sur son tricycle pour une virée d’une demi-heure en direction de Batad. Il nous laisse lorsque la route devient véritablement impraticable (ça secouait déjà pas mal avant), c’est comme ça que ça marche. Nous entamons alors une ascension d’une heure sur des chemins de pierres assez larges pour un gros camion, mais guère plus. Le paysage est composé de montagnes recouvertes de verdure. Arrivés au sommet vers dix heures, nous descendons une flopée de marches puis un chemin piéton à flanc de montagne, en pleine jungle. Nous arrivons enfin au point de vue sur la vallée de Batad où nous faisons une première pause.

Ecole à Batad

C’est parti pour une traversée des rizières dans la largeur. Nous nous perdons un peu, demandons conseil à des agriculteurs, à des touristes et parvenons finalement à atteindre le bord opposé de ce gigantesque amphithéâtre de rizières, autrement plus impressionnant que celles de Banaue. Nous avons sauté d’un niveau à l’autre, escaladé quelques murs de pierres servant de contreforts aux rizières. Ca n’est pas évident, nous aurions pu aller plus vite mais nous avons préféré ne pas prendre de guide. Là non plus ça n’est pas vraiment nécessaire et la réussite est d’autant plus savoureuse qu’on l’atteint sans personne. Nous descendons encore de nombreuses marches à travers la végétation luxuriante à flanc de montagne. Il est temps de se baigner dans la cascade de Tappiyo, l’eau est délicieuse et nous fait énormément de bien après ces trois heures de marches sous le soleil philippin. Il est treize heures et il est temps de remonter vers le point culminant.

Amphithéâtre de rizières en terrasses à Batad

C’est reparti pour deux heures trente, de montée cette fois-ci. Oui oui, la montée fut plus courte que la descente (nous connaissions le chemin, désormais !). Nous recroisons les enfants Philippins que nous avions vu dans leur école à l’aller. Ils réclament toujours de l’argent avec le sourire, “give me money!”, comme si c’était normal !). Arrivés au point culminant (la montée des marches fut autrement plus difficile que celles du Palais des festivals et nous n’avons même pas eu droit au tapis rouge !), nous mangeons une banane puis redescendons rejoindre notre chauffeur. Cela nous prendra quarante-cinq minutes. En tout nous aurons marché presque huit heures en ce mardi ensoleillé (en incluant les pauses, certes). L’aller-retour en tricycle nous aura coûté trois-cent-cinquante pesos (sept euros environ).

Jeepney à Banaue

De retour à l’hôtel, je prends une bonne douche froide et un pancake au chocolat (délicieux et très copieux) puis je regarde un film sur mon ordinateur tandis que Stéphane trie ses photos. Nous dînons puis allons nous coucher. Demain (aujourd’hui en fait), nous partons pour Bontoc et Sagada, dans la province des montagnes. Suite du récit samedi, normalement.

N.

Manille (île de Luzon)

Samedi dernier, Henri et moi nous réveillons encore une fois de bonheur (ou de bonne heure, au choix) pour prendre le mini van qui nous conduira à l’aéroport de Busuanga. Nous avons un vol pour Manille avec la compagnie Zestair. Départ prévu vers 11h15 pour 45 minutes de vol. On aura toute l’après-midi pour visiter Manille ou y flâner, cool ! Malheureusement, Zestair l’entend autrement : après leur avoir lâché 1200 pesos (soit 24€) pour surpoids (on n’a seulement droit à dix kilogrammes, laissez-moi rire), nous décollons finalement avec plus de deux heures de retard. Apparemment c’est normal, nous ne pouvons même pas espérer un dédommagement. La France nous manque (FAUX !).

Intramuros, Manille

Arrivés à Manille nous rejoignons la Friendly’s Guesthouse sur Adriatico Street dans le quartier central de Malate. Nous prenons une chambre à 350 pesos chacun (soit 7€ environ, c’est plutôt cher pour l’Asie). Celle-ci est minuscule, le lit aussi (type Hong-Kong pour ceux qui connaissent), mais peu importe, nous n’avons pas prévu d’y passer plus de temps que nécessaire. Nous montons au dernier étage, là où se trouve l’espace commun avec sa terrasse, sa bibliothèque, sa télévision, sa sono, ses instruments de musique et ses nombreux backpackers qui ont l’air très occupés à ne rien faire. On comprendra plus tard pourquoi. Nous rencontrons Nicolas, charmant français qui vient de terminer ses études d’ingénieur. Il nous parle d’un concert de Chinese Man, groupe français, le soir même, qui est organisé par l’Alliance Française pour la fête de la musique. Nous décidons de l’y accompagner.

Cathédrale de Manille

Nous sortons ensuite visiter la ville à pied. Nous remontons vers le Nord, traversons le Parc Rizal et entrons dans Intramuros, le quartier historique et colonial de Manille. Nous traversons des rues typiques (petites échoppes et familles installées sur les trottoirs, bâtiments à l’allure espagnole, etc.) pour atteindre le Fort Santiago, à la pointe Nord d’Intramuros. On paie 50 pesos (1€) le droit de se promener dans un très joli jardin, paisible et fleuri. Puis on visite rapidement le musée consacré à José Rizal, défenseur des Philippins sous la colonisation espagnole pendant le dernier quart du XIXe siècle. On rentre ensuite à l’auberge en passant devant la cathédrale, malheureusement en rénovation, et en visitant l’Eglise Saint-Augustin à la façade rose pendant l’office.

Henri dans le Parc Rizal

Il est 18h30 environ et nous arrivons à l’auberge juste à temps pour l’apéritif vin et fromage qui y est offert aux backpackers. Là nous pouvons goûter quelques vins rouges français et espagnol, accompagnés de fromage, baguettes (!), mousse de thon, petits légumes. Parfait pour commencer la soirée. Nicolas nous présente son ami Paul qui voyage avec lui en Asie et qui part le lendemain pour la Chine. Nous faisons donc connaissance tous les quatre, puis partageons un taxi pour nous rendre dans le quartier moderne de Makati. Nous arrivons quelques minutes avant l’arrivée de Chinese Man. Quatre jeunes hommes d’une vingtaine d’années arrivent sur scène et prennent place derrière leurs Macs et tables de mixage. Un écran géant diffuse des vidéos assez bien faites. La musique se situe à mi-chemin entre le dubstep et la minimale, c’est pas mal mais ça manque un peu de dynamisme : nous n’accrochons pas vraiment. Un groupe de Françaises en Volontariat de Solidarité Internationale (V.S.I.) à Manille nous rejoint et nous terminons la soirée dans une boîte, apparemment réputée.

Eglise Saint-Augustin, Manille

Le lendemain, dimanche, se résumera à un Burger King (frites trop salées !), un Mc Donald’s, une récupération de linge propre et une recherche de distributeur automatique de billets afin de récupérer du liquide avant de partir pour cinq jours dans les montagnes de la cordillère centrale, au Nord de Manille, sur l’île de Luzon toujours. Une journée agréable en compagnie de Nicolas et Paul, mais peu productive, je vous le concède. Je fais mes adieux à nos nouveaux amis et à Henri qui rentre travailler en tant que volontaire dans une institution de micro-finance à Ozamis sur l’île de Mindanao (cf. fin du premier paragraphe de mon article sur Sabang). Il est temps de prendre un taxi avec Stéphane, trentenaire français, en direction d’un bus de nuit pour Banaue. En définitive, ne passez pas plus de vingt-quatre heures à Manille, il n’y a rien à faire.

N.