Le delta du Mékong


Nous étant couché tôt la veille, nous parvenons pour une fois à nous réveiller sans trop de difficultés. Rendez-vous de nouveau à l’agence du Sinh Tourist où nous prenons un car qui nous mène à My Tho (encore beaucoup de route), au bord d’un des bras du Mékong. Nous embarquons sur un bateau à moteur en bois. Il a deux yeux à l’avant de la coque afin d’éloigner les crocodiles autrefois présents dans le delta.

Première halte pour une dégustation de Royal Jelly, élixir censé repousser la quasi-totalité des maladies imaginables. Composé de miel, de thé et de citron, c’est parfaitement délicieux. Suit une dégustation de fruits tropicaux sur fond de musique traditionnelle, plus agréable à l’oreille mais moins typique que celle entendue à Hoi An. Nous reprenons le bateau pour nous arrêter ensuite à la coconut candy workshop, sorte de pâte de noix de coco tiède. A tomber !

Delta du Mékong, pirogue

[Attention, parenthèse serpents]

J. qui cherchait des yeux N. et Fabien, lâcha un énorme “B****d !” en voyant ce qui occupait la cage à côté d’eux : un énorme serpent qui glissait le long des parois d’une petite cage… Finalement, N. Ne lui
ayant pas vraiment laissé le choix (oui, même s’approcher d’un serpent est préférable à supporter quelqu’un qui vous tire le bras, l’épaule en vous disant : “Viens voir le serpent, allez, viens !” (x10)). Après ce petit combat de regard Serpent vs J., incontestablement gagné par le serpent qui se préoccupait de J. autant que de sa première mue, le groupe a été invité à rejoindre des tuktuks, sortes de charrettes greffées sur des motos.

[Fin de la parenthèse serpents]

On est donc 8 dessus, 9 avec le chauffeur, et c’est parti pour une ballade dans la campagne. Arrivés à un pont nous descendons des tuktuks pour rejoindre des petites pirogues à fleur d’eau, qui nous mènent à notre déjeuner. Nous nous arrêtons dans un restaurant au bord de l’eau, en pleine jungle. Sur notre table un poisson exotique grillé en conservant sa forme d’origine est présenté à la verticale. Une serveuse nous montre comment nous préparer des rouleaux avec ce poisson, de l’ananas, du concombre et des nouilles, délicieux et exotique.

Poisson, Delta du Mékong

Nous reprenons ensuite notre bateau à moteur pour rejoindre le car à My Tho. C’est reparti pour une longue sieste dans le car avant de rejoindre Can Tho et notre hôtel. Le dîner n’étant pas compris dans le voyage nous nous dirigeons vers un restaurant de poissons. J. tente le poisson-chat grillé et découvre ainsi qu’il a un goût terreux. N. choisit un poisson grillé à manger de la même manière qu’au déjeuner mais plus long (type bar) et bien meilleur !

Levés de bonne heure le lendemain matin pour visiter le marché flottant, nous sommes un peu déçus par celui-ci car, à cause du Têt, il y avait très très peu de bateaux. Dommage, surtout pour J. qui rêvait de voir l’animation d’un marché sur l’eau. Heureusement, la visite suivante est une réussite. Nous arrivons dans une ferme de fruits tropicaux très fournie où nous découvrons de nouveaux fruits. On nous montre notamment le yellow jack et le durion, le fameux fruit qui pue. Bizarrement, il ne fait pas
partie des fruits que l’on nous propose de déguster…

Nénuphars, Delta du Mékong

Après un déjeuner qui aura pour seul intérêt de permettre à J. de goûter les fleurs de citrouille, délicieuses, nous nous mettons en route pour le retour à Saigon. Petite escale à un marché où Jean-Noëlle trouveront deux fruits qu’ils voulaient tester : le durion et la milk apple dont le nom vietnamien très poétique évoque les seins des femmes et le lait qui en sort. Ce fruit est plutôt bon, savoureux et sucré, rien à voir avec le durion. Rien que d’en parler, J. en a encore des nausées. Premièrement, l’odeur est encore plus forte que celle de dix camemberts bien faits. La texture, ensuite, est compacte et très dense. Curieusement, on dirait du fromage à hamburger liquide. Enfin, le goût : certains disent que ça a goût de fromage… Si on parle d’un mauvais fromage au goût trop prononcé, on est d’accord. On est content d’avoir fait l’expérience (surtout que certains aiment beaucoup), mais on ne recommencera pas, surtout que le goût met très longtemps à partir.

Fruits, Delta du Mékong

Retour à Ho Chi Minh pour une dernière nuit à l’auberge avant le décollage pour Mumbai (avec escale de six heures à Kuala Lumpur). Notre dernière matinée nous aura appris que le Coca Light au réveil peut être très dangereux. J. en a fait les frais en manquant de s’évanouir après une seule gorgée. Heureusement une bouteille d’eau et un Burger King l’ont remise sur pieds !

Saigon

Nous arrivons à Saigon vers quatre heures du matin, soit environ trois heures plus tôt que ce que nous avions prévu. En effet, la conduite de notre chauffeur aurait fait pâlir Ayrton Senna ! Nous prenons alors un taxi pour parvenir à l’auberge où nous réveillons la réceptionniste bien avant l’aurore. Deux groupes se forment : les filles qui vont se mettre en quête d’un hôtel et Jean-Noëlle et Fabien qui ont choisi de découvrir la vie saïgonnaise au début de la journée. Il est cinq heures du matin et le marché devant l’auberge est déjà très animé. Après une pause sandwich-Coca pour recharger les batteries nous partons nous promener dans la ville à peine éveillée. Les sportifs sont en mouvement avant qu’il ne fasse trop chaud, les rues sont loin d’être vides : joueurs de badminton, marcheurs, personnes en ballade, on croise du monde !

Surtout sur l’avenue Ngyuen Hue, les “Champs Elysées” locaux, qui sont décorés de fleurs à l’approche du Têt. On a sillonné cette avenue à 6 heures du matin, à 16 heures, à 22 heures, à minuit, elle est toujours bondée de vietnamiens, souvent sur leur 31, qui viennent se faire prendre en photos devant les compositions florales. Ca doit être le lieu incontournable en période de Nouvel An. Cette fête est très importante pour les vietnamiens. A tel point que le cirque en face de notre auberge passe la chanson “Happy New Year” en continu 24 heures sur 24, de quoi nous donner des envies de meurtres. Apparemment c’est une chance de venir à Saigon pendant cette période car les gens sont plus souriants, moins nombreux et la ville est très fleurie.

Ngyuen Hue pendant le Nouvel An vietnamien, Saigon

Nous nous dirigeons ensuite vers le musée des vestiges de la guerre, dont nous déconseillons certaines parties aux âmes sensibles. Aidée par la fatigue, J. a eu du mal à supporter certaines salles (particulièrement celle consacrée aux effets de l'”agent orange” et même les filles qui y sont allé plus reposées, avouent l’avoir mal vécu. Après cette expérience nous retournons vers l’auberge, en faisant un détour par l’un des plus vieux marchés de la ville. Cette marche de retour est rendue pénible par la chaleur environnante à laquelle nous ne sommes pas encore habitués. Nous ne sortons de la chambre que vers 16h, contraints par un petit désagrément, qui nous permet au moins de constater que la chaleur est devenue supportable.

En effet, après trois semaines de voyage, nos vêtements sont à nouveau sales et nous souhaitons les faire laver. Mais il y a un hic : avec la fête du Têt, le service de laverie de l’auberge est fermé. Nous voici donc à peine réveillés d’une sieste d’une demi-heure, levés depuis quatre heures du matin, en train d’arpenter les rues de notre quartier avec huit kilos de linge dans les bras. Après avoir essayé un service de lingerie et un hôtel, nous sommes alpagués dans la rue par une petite dame qui nous explique qu’elle peut laver nos vêtements. Elle nous amène dans une petite ruelle où nous découvrons un nouveau visage de notre quartier. Coincés entre trois rues très passantes et rectilignes, nous découvrons un dédale de ruelles étroites où les habitants côtoient de toutes petites auberges. Des mamies vendent des plats typiquement vietnamiens à manger sur un siège en plastique. Un coin qui semble si différent du reste du quartier, très touristique, envahis par les scooters, les piétons et les cars. Ici, on ne vous hèle pas pour vous proposer de la marijuana ou (quand vous refusez) de la cocaïne !

Rue de Saigon

Après le dîner nous nous décidons pour une boîte de nuit recommandée par de nombreux amis et par Le Routard : l’Apocalypse Now ! On peut dire qu’ils ont de l’humour… A l’intérieur une structure tout en bois, un billard, des écrans TV, un joli patio fleuri et plein de lanternes ainsi que des tables et des tabourets faits de barils recyclés à l’étage. Ambiance internationale. Les serveurs sont aux petits soins, les hôtesses nombreuses, les vietnamiens rares. Cela n’empêchera pas N. d’avoir une conversation en allemand avec l’un d’eux ! On est moins dépaysé que dans les rues.

Le lendemain soir, c’est la veille du Têt et nous dînons sur un bateau sur le fleuve Saigon. Cuisine délicieuse et petit tour sur la rivière avec spectacle pour patienter avant le feu d’artifice qui aura lieu à minuit. Celui-ci dure dix bonnes minutes mais n’est pas réellement extraordinaire. Les vietnamiens filment plutôt qu’ils ne regardent le feu d’artifice et s’exclament quand ça leur plaît même si dans l’ensemble c’est assez calme. Etonnant quand on voit la foule amassée sur les quais et sur les principales perpendiculaires (dont les “Champs Elysées”). Il est très difficile de se déplacer pour rentrer à l’auberge, d’autant plus que les deux-roues ne se gênent pas pour zigzaguer dans les zones piétonnes.  Heureusement, on s’y est habitué !

La foule nous impressionne d’autant plus que depuis le matin les rues nous semblent être de plus en plus désertes à l’approche du Têt. Même dans le quartier touristique certains restaurants ferment. Cela est d’autant plus vrai le 23, le jour du Têt (premier jour de la nouvelle année selon le calendrier lunaire) où Jean-Noëlle réussissent à pique-niquer sur un banc au milieu d’une pelouse déserte qui était la veille encore un marché très animé. Le contraste est saisissant ! Dans l’après-midi et au niveau des “Champs Elysées” on croise plus de monde, mais rien à voir avec les jours précédents. Toutefois, les Vietnamiens que l’on croise ont tous un grand sourire et nous crient “Happy New Year”, parfois même depuis leur scooter pendant que nous traversons la rue ! Ce à quoi nous leur répondons “Chuc Mung Nam Moi”, accentuant ainsi leur sourire. Le Têt est par contre moins pratique pour les visites. Après avoir trouvé une pagode fermée le dimanche, nous avons peu d’espoir pour la poste centrale et la cathédrale le lundi.

Cathédrale, Saigon

Et pourtant. Les deux monuments sont ouverts mais n’ont pas grand intérêt. Saigon semble être une ville pour se promener, qu’il faut apprivoiser, plus qu’une ville à visiter. L’entrée de la cathédrale (proche des nôtres pour l’architecture mais aux briques rouges venues de Toulouse) est malheureusement réservée à la prière. Nous ne verrons que deux niches dont les murs sont tapissés de plaques de remerciements en français, vietnamien, anglais. La poste, au style colonial, a pour seul intérêt de nous plonger dans la première moitié du XXe siècle, un portrait de Ho Chi Minh en plus !

Saigon n’échappera pas au traditionnel combo manucure, massage, pédicure, avec le meilleur massage de pieds et de jambes depuis le début du séjour. Sur ce point le retour en France risque d’être difficile pour J. …

Un séjour à Saigon qui a donc plus été consacré à la découverte d’une ville et aux promenades qu’aux visites touristiques à proprement parler. On a aimé flâner dans cette ville dont les quartiers sont très différents les uns des autres et où l’ambiance est particulière. N’hésitez pas à sortir du centre touristique. Pour l’anecdote, ici, on préfère dire Saigon qu’Ho Chi Minh Ville, ce dernier ayant été imposé par le Nord.

Financial Tower, Saigon