Shanghai University of Finance and Economics (SUFE)

Chers amis, voici mon dernier article sur Shanghai avant le dernier article chinois, le bilan du pays, que J. et moi-même allons rédiger prochainement. Je vais ici vous parler de la vie d’étudiant en échange à la SUFE, Shufe ou encore Shanghai University of Finance and Economics (pour les moins paresseux d’entre nous), l’une des meilleures universités du pays en termes de finance.

Campus SUFE

L’université est située au Nord de Shanghai, dans Shanghai, à un peu moins d’une heure de People’s Square où j’habitais. Pour m’y rendre, je marchais une petite dizaine de minutes pour rejoindre la ligne 10 du métro à East Nanjing Road puis c’était parti pour une demi-heure de métro avant de marcher à nouveau un quart d’heure environ. Bien sûr, ça fait loin, mais j’ai toujours préféré vivre dans l’hypercentre (cours de l’Intendance à Bordeaux, par exemple) quitte à perdre presque deux heures de transport pour aller et revenir de l’université. En même temps, c’est pas comme si on avait cinq jours de cours par semaine. A sept heures du matin, quand je prenais le métro, celui-ci était désert mais à huit heures (ça ne m’est arrivé qu’exceptionnellement), laissez-moi vous dire que c’était autre chose ! Là on comprend que le terme “foule” n’a vraiment pas la même signification à Paris qu’en Chine !

Le campus est tout à fait gigantesque (je pense que je n’en ai même pas vu la moitié), avec beaucoup d’immeubles de logements, des parcs et de vastes étendues d’herbe, un petit étang, des terrains de sport, etc. Bref, de quoi se promener et faire du sport. Pour vous donner une idée de la taille du campus, de nombreux étudiants s’y déplacent en vélo et les parkings à deux roues sont remplis. On y trouve aussi une supérette, un magasin à photocopies, un petit restaurant et au bas mot cinq cantines où l’on déjeune aisément pour moins d’un euro ! (Je n’ai jamais dépassé la somme d’un euro cinquante pour un déjeuner en tout cas.) On peut même acheter des cigarettes à la cantine ! Il y a également un second campus, assez loin (il faut prendre le taxi), mais je n’y suis allé qu’une fois pour obtenir un document me permettant ensuite de demander une entrée supplémentaire sur mon visa (afin de rentrer de Hong-Kong à Shanghai).

Je consacre un petit paragraphe aux Zhenzhou Nai Cha que je buvais une à trois fois par jour, une véritable addiction. Il s’agit de thé au lait (chaud ou froid mais c’est meilleur chaud) avec des billes de tapioca noires et un peu gluantes. Jean-Noëlle vous en avaient déjà parlé lors de leur séjour à Taiwan. On l’appelle thé aux perles en français et pearl tea ou bubble tea en anglais. Ca paraît étrange mais essayez si vous en avez la possibilié, c’est délicieux.

Un aspect qui rend la vie très facile à la Shufe est le fait que vous pouvez trouver toutes les commodités nécessaires à moins de cent mètres de l’université. On trouve donc à proximité immédiate de l’entrée une multitude de restaurants, bouibouis, vendeurs de dumplings ou nouilles sur mobilettes, une China Post, deux magasins de photocopies, une pharmacie, une librairie, une banque (il y a au moins deux distributeurs automatiques de billets sur le campus), trois supérettes, etc. Sachez qu’il ne vous sert à rien d’acheter les livres demandés, vous pouvez les faire photocopier pour 40 à 50 kuais (soit 5 à 6€ environ, on est loin des 40-60€ payés à BEM). Et je vous parle de pavés de cinq-cents pages.

Entrée SUFE

Pour finir il me semble intéressant de vous parler des professeurs et des étudiants puisque ce sont finalement eux qui m’ont donné un aperçu de la manière dont on travaille et pense en Chine. A mon avis ce seront finalement eux qui me seront les plus utiles à l’avenir si je travaille avec des Chinois. Les matières que j’avais choisi de suivre étaient les suivantes : commerce international, finance d’entreprise, gestion des systèmes d’information, management, marketing (deux cours différents) et microéconomie. Tous mes professeurs ou presque avaient un doctorat d’une grande université américaine, trois étaient effectivement américains, un anglais et deux chinois. Finalement, qu’on soit en France, aux Etats-Unis ou en Chine, on apprend la même chose et je me demande s’il n’est pas un peu dommage que le pays le plus puissant du monde suive un enseignement universitaire calqué sur celui des Etats-Unis.

Concernant les étudiants, cet échange fut très instructif. J’ai été assez étonné de voir qu’ils ne nous sont pas supérieurs comme je l’aurai imaginé. Quand on me parlait des Chinois, je m’imaginais des brutes de travail très intelligentes et à prendre en exemple. A BEM j’ai suivi un cours avec des Indiens qui correspondaient très bien à cette description et j’étais persuadé qu’il en serait de même pour les Chinois. Pas du tout ! Précisons tout de même avant d’entrer dans les détails que les étudiants que nous côtoyions étaient en début de cursus (alors que mon échange était mon dernier semestre d’études) donc nous avions presque cinq ans d’écart et j’avais un an et demi d’expérience en entreprise (contre aucune pour eux).

Les Chinois qui étudiaient avec nous travaillaient moins rapidement et moins efficacement que nous, ils s’y mettaient aussi à la dernière minute, n’avaient aucun sens de la présentation, lisaient leur texte à l’oral (pas leurs notes, leur texte sur lequel était même écrit “Hello everybody, my name is…” au cas où ils oublieraient par où commencer !), et avaient des raisonnements ou des propositions naïves, qui manquaient d’envergure. En discutant avec des expat’ qui étaient à Shanghai en stage ou en VIE, j’ai constaté qu’ils reprochaient les mêmes choses à leurs collègues chinois : principalement le manque d’esprit critique et de mise en perspective. C’est assez décevant, finalement, mais cela semble être lié à l’éducation avant l’université (on les fait bachoter mais pas réfléchir) et à la façon dont ils sont gouvernés (peu de place est laissée à l’esprit d’initiative). Mais cela ne les empêche pas d’être tout à fait sympathiques, lorsqu’ils parviennent à vaincre leur timidité. L’un de nos professeurs avaient un regard lucide sur le sujet et n’hésitait pas à les secouer “Ne changez pas de travail tous les trois mois, ça n’est pas sérieux !”, “N’hésitez pas à remettre en question ce que l’on vous dit !”, etc. Pour finir, j’espère et je crois que tout cela va évoluer assez rapidement, grâce, entre autre, à ce type d’enseignement à l’américaine qui n’est peut-être pas une mauvaise chose, finalement.

N.

Sigle SUFE

Le retour de J. à Shanghai

Après s’être couchée un peu tard le jeudi 31 mai, J. parvient à se réveiller pour prendre son train et même le prendre en avance, accueillie par un N. étonné (et bim !). Et oui, retour à Shanghai pour J., étape avant le Japon. Premier jour, on est tous les deux un peu fatigués alors on y va doucement. Un petit tour au Fake Market pour aller nous équiper pour la suite et nous filons nous promener dans la concession, quartier toujours agréable. C’est d’autant plus agréable qu’on s’arrête au Citizen Café pour déguster leur délicieux cheese-cake, l’un des meilleurs que Jean-Noëlle aient jamais mangé.

Pudong Shanghai

Le lendemain on part visiter le Shanghai Art Museum. Ça va, ça n’est pas trop loin, il suffit de traverser People’s Park. Sur le chemin, Jean-Noëlle pourra assister à quelque chose d’assez étonnant. En effet, en traversant le parc, nous remarquons des centaines de feuilles de papier A4 accrochées le long des allées autour d’une foule assez compacte de chinois d’une cinquantaine d’années environ. En nous approchant de ces fiches, des nombres nous sautent aux yeux : 1986, 1983, 1985, etc. C’est là qu’une conversation de N. avec l’une de ses colocataires lui revient en mémoire. Les parents des chinois de célibataires de plus de vingt-cinq ans viennent “vendre” leurs enfants sur le “marché du mariage”. Il semblerait qu’en Chine, pour les anciennes générations, il ne soit pas très bien vu de ne pas être marié après vingt-cinq ans. Mais les jeunes générations ne s’en soucient guère donc ce sont les parents qui vont “vendre” leurs enfants à coup d’arguments de choix : caractéristiques de la profession de l’enfant, de son appartement, de sa voiture, etc. Aucune photo, on vend une situation, pas un physique ! La question que Jean-Noëlle se posent : est-ce que ça marche ?!

Bref, revenons au Shanghai Art Museum et à ses trois (ou quatre ?) niveaux d’expositions de peintures contemporaines. Lorsque Jean-Noëlle s’y sont rendus (venir avant 16h, entrée gratuite), l’artiste mis en avant était Leo Erchun. J. n’a pas aimé, elle trouvait que ses peintures faisaient trop bande dessinée. N. ne partageait pas son avis et a apprécié ces peintures de plusieurs mètres carrés, souvent en gris et blanc avec quelques rares touches de rouge, mettant en scène des chinois aux visages très expressifs, soit souriants, soit sévères. La visite du musée prend un peu moins d’une heure.

Barbarossa Shanghai

N. emmène ensuite J. au Barbarossa, bar arabisant au cœur de People’s Park. Tables basses avec canapés, tables hautes en terrasse, des murs dans les tons orangés, beaucoup de bougies et de magnifiques lanternes en verre de toutes les couleurs, le  cadre est vraiment magnifique. En plus en happy-hour toute la carte est à moitié prix donc il ne faut pas s’en priver. Nous marchons ensuite sur Nanjing Dong Lu afin de rejoindre le Bund. Nous voulions nous offrir une croisière entre le Bund et Pudong, mais face au prix nous choisissons une promenade sur le Bund.

C’est dimanche, on s’offre un petit déjeuner/déjeuner dans un petit salon de thé en bordure de People’s Park, découvert par N. la veille. La décoration fait très maison de poupées et au moment de votre commande on vous confie un ours en peluche qui vous sera repris (ohhhhhh nnooooooooooon) dès que la commande sera complète. Club sandwich, tartines façon pizza, milk-shake et smoothies, gaufres, la carte est alléchante et la nourriture est de qualité, on s’est bien régalé.

Mariée Shanghai

Le ventre plein, il est temps de traverser la ville pour se rendre dans le quartier de Hongkou (au Nord-Est du Bund, de Suzhou Creek et finalement du centre-ville. Nous souhaitons y visiter la Synagogue Ohel Moshe. Si celle-ci n’a pas grand intérêt en elle-même (minuscule et rien à signaler), le mémorial qui se trouve à son sommet est, quant à lui, très prenant. Il traite de l’Holocauste à travers textes, photos, citations, le tout élaboré en partenariat avec le mémorial d’Auschwitz-Birkenau. Très bien documenté, c’est exhaustif et on ne lira donc pas tout. De toute façon, au bout d’un moment on commence à avoir du mal à lire tant d’atrocités… On n’a malheureusement pas vraiment pris le temps de visiter le musée des réfugiés juifs à Shanghai, fait assez méconnu finalement, mais le Lonely nous aura bien résumé l’histoire de ceux-ci. On a la conscience tranquille  Yahvé merci ! Ensuite on décide de se promener dans cette partie de la ville pour rejoindre un parc (qui venait de fermer quand nous y arrivâmes !). Super balade, là on n’est peut-être pas dans la vieille ville mais c’est très traditionnel, on ne croise pas un occidental et on a bien l’impression d’être dans une ville de la Chine reculée. On croise des poules, des poissons vivants dans des bassines d’eau, des échoppes, des “vrais” Chinois, etc. Un bon bol d’air !

Hongkou Shanghai

Lundi, pendant que N. révise, J. va visiter le Shanghai Museum, sur People’s Square. En forme de chaudron, ce musée est immense et traite de différentes parties de l’art et de l’artisanat chinois : céramiques, peintures, porcelaine, habits des ethnies, etc. Ce musée est très intéressant mais un peu trop dense, on a tendance à aller vite quand il y a beaucoup de pièces. Un peu moins aurait peut-être permis de se concentrer plus sur le contenu. Pour récompenser le travailleur, J. rapporte un part de cheese-cake de chez My Cheesecake, bon mais un peu trop gras et dense, décidément c’est la journée. 

Shanghai Propaganda Art Museum

Mardi, pendant que N. est sagement à l’école, J. part visiter en faisant une longue balade à pied. Premier arrêt  au Shanghai Propaganda Art Center. Ce petit musée est caché dans le sous-sol d’un building. Le garde à l’entrée de la résidence vous indiquera le musée car aucun panneau n’est présent. Sans doute parce que le musée offre une incroyable collection d’affiches de propagande, avec un regard assez critique. Les panneaux explicatifs sont en français et anglais, la plupart des affiches sont traduites à côté, visite très intéressante. Poursuite de la balade ensuite pour rejoindre le Shikumen Open House Museum. Les Shikumen sont les maisons traditionnelles de Shanghai (comme les hutongs à Pékin). A la différence des hutongs, ils ont plusieurs étages et sont plus grands. Le Shikumen Open House Museum est la reconstitution d’un Shikumen avec des explications, très bien fait. 

Shikumen Open House

Poursuite de la balade par la vieille ville. La périphérie de la vieille ville est agréable, on a plus l’impression d’être à Shanghai mais plutôt dans un village surtout dans le marché aux fleurs et aux oiseaux, qui compte peu de fleurs mais dans lequel on peut trouver une ménagerie diverse allant des oiseaux aux chats en passant par les grillons. Par contre la partie la plus connue de la vieille ville est vraiment trop touristique. On vous saute dessus pour vous faire acheter des choses, tout fait trop neuf, on a même essayé de proposer à J. une cérémonie du thé. Cette arnaque très répandue à Shanghai consiste à attirer le touriste dans une maison de thé afin de lui faire payer une note très salée, sans lui laisser trop le choix… Généralement, un couple de jeunes s’approche de vous en vous demandant de les prendre en photo devant un monument, paysage, autre. Puis ils engagent la conversation avec vous afin de vous mettre en confiance avant de vous inviter à une cérémonie du thé. On les voit rarement venir et ce n’est qu’au bout de deux trois minutes, ou quand ils vous proposent la cérémonie, que vous comprenez. Bien-sûr, n’acceptez jamais, même s’ils ont l’air gentils et de bonne foi, ils sont là pour ça !

Marché aux oiseaux et aux fleurs

Encore une journée seule pour J. pendant que le pauvre N. passe des partiels. Début de la balade par l’ancien bâtiment de la HSBC que l’on repère facilement aux deux lions à l’entrée. On rentre par des portes tournantes en bois marron. L’intérieur ressemble à un grand bâtiment colonial, avec une magnifique fresque au plafond représentant les douze signes du zodiaque (pied de nez fait aux chinois qui utilisent beaucoup leurs signes astrologiques pour décorer leur bâtiment ?). J. se dirige ensuite vers la station de ferry qui relie le Bund à Pudong en quinze minutes. S’en suit une (trop) longue marche pour rejoindre le Shanghai Science & Technology Museum, que J. aurait pu s’éviter en calculant mieux cette distance. Cette marche semble d’autant plus longue que les rues n’ont rien de bien intéressant dans cette partie de Shanghai.

Shanghai Science & Technology Museum

Le Shanghai Science & Technology Museum par contre c’est une pépite, un des meilleurs musées que J. ait jamais visités. Très interactif, tout est en anglais et en chinois. Certaines salles reproduisent des grottes, des cascades et des ponts en bois. D’autres plus futuristes permettent de rencontrer des robots artistes ou joueurs de Rubik’s cube. On descend également au cœur de la terre pour en apprendre plus sur celle-ci. Enfin une grande salle est consacrée à des expériences sur l’électricité et l’énergie et on peut toucher à tout ! Une visite à ne pas manquer en somme, pour petits et grands. 

Fin des visites pour la journée ensuite avec le Moganshan 50, le quartier des arts. J. s’y rend à pied et passe devant des murs tagués et des galeries d’art qui annoncent la proximité du M50. Moins grand que le quartier des arts de Pékin, il n’en est pas moins intéressant. Galeries de peintures, sculptures et photographies, il y a des choses vraiment très intéressantes et d’autres moins comme les expositions de ShangART, pourtant l’institution de ce quartier mais que J. a trouvé décevante. Sa préférée est Island6 , sans doute car elle a eu l’occasion de voir la réserve de la galerie et de discuter avec l’un des responsables. Beaucoup de jeux avec les LEDs dans des tableaux plus traditionnels, ou des vidéos insérées dans des miroirs, ce qui donne des résultats intéressants.

Tag M50 Shanghai

Jeudi on se réveille tranquillement pour aller visiter Red Town, quartier d’art contemporain consacré à la sculpture. Quand on arrive à l’intérieur de ce gigantesque pâté d’immeubles, on découvre une vaste pelouse vallonnée avec de grandes statues ici et là : Einstein, une Mercedes en brique rouges plus grande que l’original, un penseur façon Rodin mais obèse et aux yeux bridés, un taureau mécanique, etc. C’est prometteur. Malheureusement, à part cela, on a visité seulement le Shanghai Sculpture Space et une galerie. C’est assez pauvre, finalement. Il n’y a que deux musées (le deuxième préparait l’exposition suivante) et les galeries se compte sur les doigts de la main. Néanmoins, les sculptures que nous avons pu observer au Shanghai Sculpture Space étaient très intéressantes, allant de la reprise des sculptures classiques italiennes au bassin féminin fait à base de riz ! Bref, les Chinois ont de la ressource et la Chine ne devrait pas tarder à exploser sur le marché mondial de l’art contemporain (si ça n’est pas déjà fait, on n’y connaît rien !).

Red Town Shanghai

Le soir, premier Teppanyaki pour J. au Teppanyaki Tairyo avec les amis de N. Nourriture et alcool à volonté, on passe un bon repas, surtout que la nourriture est de qualité (nos papilles salivent encore à l’évocation du bœuf aux oignons cuit à la plaque, légèrement saignant, délicatement assaisonné et si fondant !!!!!!!). Suite de la soirée au KTV (karaoké) Haoledi, encore une première pour J., qui s’en est donnée à cœur joie, pour le plaisir (…) des oreilles de ses voisins.

Le vendredi sera surtout consacré aux derniers préparatifs de J. avant son départ au Japon le lendemain, ainsi qu’à la sélection par N. de 23,5 kilogrammes de vêtements, souvenirs et livres à envoyer en France par bateau via China Post.

Shanghai : Shopping et sorties

Inutile de vous fatiguer, vous ne comprendrez la photo ci-dessous qu’en fin d’article. D’ici-là, bonne lecture et bon appétit !

Carl's Junior

Alors vous allez me dire que j’ai déjà consacré un article aux sorties, mais celui-ci est différent dans la mesure où il est consacré aux sorties, dirons-nous, “diurnes” dans le sens où elles ont lieu avant les sorties nocturnes en boîte de nuit. Mon avant dernier article sur Shanghai traite donc des loisirs au sens large du terme. En fait pas tant que ça puisqu’il s’agit seulement du shopping et des restaurants, bars, etc.

L’une des premières choses que fait un expat’ en arrivant à Shanghai, c’est un tour au Fake Market. D’autant plus quand ledit expat’ arrive d’un périple à Taiwan (en Chine, donc), au Vietnam et en Inde avec une simple polaire Decathlon. Seul problème : les températures sont négatives. On a donc besoin de s’acheter un manteau. Trois solutions se sont offertes à moi :

1) L’achat d’un manteau chez Zara, Uniqlo ou H&M au design et à la finition peu convainquants pour 150€ environ (il faut savoir que ces magasins proposent des prix légèrement plus élevés à Shanghai qu’en France) ;

2) L’achat d’un manteau sur mesure et de qualité au Fabric Market (je vais y venir, ne soyez pas impatients, voyons !) pour 80€ environ (c’est déjà deux fois moins cher que chez les marques sus nommées) mais là il faut attendre plusieurs jour sans sortir de chez soi (pas pratique quand la rentrée est le surlendemain) ;

3) On se dit qu’on aimerait bien s’acheter une doudoune Moncler mais que payer un manteau (même un magnifique trench Burberry ou un caban Christian Lacroix) un prix à quatre chiffres c’est hors de question, alors une doudoune de skieur/blondinet méchu du VIe, n’en parlons même pas. Et puis là on se dit qu’on a quand même croisé pas mal d’expat’ qui portaient des doudounes Moncler mais qu’aucun n’était skieur (pas besoin d’une doudoune Moncler pour descendre la piste bleue artificielle de la ville) et que peu ou prou étaient de petits angelots à leur maman. Eurêka ! On file au Fake et au prix d’une négociation éprouvante on repart fier comme un bar-tabac (je sais, merci !) avec sa doudoune Moncler à même pas 40€. Même Carrefour ne propose pas de manteaux à ces prix-là ! On finit par déchanter quand on constate (on s’en doutait) que la qualité est douteuse, que la fermeture éclair bloque une fois sur deux et surtout que la doudoune en question n’est ni imperméable, ni chaude…

Je ne vous cache pas que je trouve moi aussi cette introduction un peu longue, mais je ne vous plains pas car pendant que vous promenez vos yeux ébahis (si, si, ébahis) sur votre écran je sue à grosses gouttes sur le hamac de mon hôtel à Puerto Princesa aux Philippines. Passons.

Le Fake Market c’est un gigantesque marché de centaines d’échoppes qui ne vendent que du faux : des jeans Diesel au casque Beats by Dr. Dre en passant par les chaussettes Hugo Boss et les montres Swatch. Si vous voulez des moccassins Tod’s pour douze euros, un suc Mulberry en vrai cuir pour cinquante ou encore refaire votre collection de Wayfarers, faites-vous plaisir ! Il y en a plusieurs dans la ville, mais j’ai toujours été au même, celui de Nanjing Xi Lu, juste après la voie rapide surélevée sur la droite, en venant de People’s Square.

J’aime son ambiance glauque avec ses lumières tamisées. J’aime quand la vendeuse vous enferme dans l’arrière boutique dans laquelle vous êtes entré quelques secondes plus tôt en faisant coulisser un mur de sacs monogrammés : “Wait here, don’t move!”, vous lance-t-elle dans un anglais parfait avant de revenir avec la couleur de sac que vous souhaitiez mais qu’elle n’avait pas dans son magasin. J’aime les grands sacs en plastique noir dans lesquels ils fourrent vos achats (c’est censé être discret mais dans la rue tout le monde sait que vous sortez du Fake !). J’aime les “You kill me!” et les “I kill you!” qui fusent. J’aime les chinois qui fument leurs cigarettes entre deux échoppes. Si on laisse son imagination faire le reste, on a vraiment l’impression de participer à l’économie parallèle, au marché noir. C’est exactement ce qu’on est en train de faire finalement, sauf qu’ici c’est tout à fait normal ! Comment expliquez-vous, sinon, que le Fake que je vous décris fasse sans doute 10 000 mètres carrés répartis sur quatre niveaux reliés par des escalators ? Bref, tout ça stimule et on se lance dans les négociations.

Quelques conseils de base :

– Parlez le moins anglais possible, ils apprécient que vous parliez votre langue et se disent sans doute que vous devez avoir une idée des prix ;

– Partez du magasin quand vous approchez enfin du prix que vous souhaitiez, normalement on vous rattrapera et vous finirez par réussir votre négociation ;

– Les shanghaiens négocient moins bien que les shanghaiennes ;

– Ne refusez jamais l’achat une fois que le vendeur a accepté votre prix, c’est insultant ;

– Une négociation réussie, ça n’existe pas, vous ne viserez jamais assez bas !

C’est très basique mais je vous laisse découvrir le reste par vous-mêmes car c’est plus ludique comme ça, vous verrez. En tout cas, une négociation au Fake est bien plus fatigante qu’une négociation en Inde où l’on se contentait finalement de répéter le même prix jusqu’à ce que le vendeur accepte. Au bout de quelques passages, on a d’ailleurs la flemme de négocier les prix à fond. Ca n’empêche pas de s’en sortir à des prix imbattables, rassurez-vous !

J’ai également été faire un tout au Fabric Market, équivalent du Fake mais pour le sur-mesure. Là aussi ça négocie sec et il est amusant de constater qu’on a bien moins de vocabulaire vestimentaire que les vendeuses chinoises qui prendront parfois un malin plaisir à corriger vos erreurs ! Vous choisissez vos modèles, puis vos tissus, les détails souhaités, puis vient la négociation et enfin la prise des mesures, tantôt en centimètres, tantôt en pouces, allez comprendre ! Rien de particulier à signaler. Voici quelques prix de référence (approximatifs car j’avais négocié un prix global) mais je pense qu’on peut faire mieux (après ça dépend aussi des Fabric, des délais que vous exigez et de la qualité des matières premières) (NB : Les montants en euros sont très approximatifs) :

– une chemise (poignets mousquetaire ou non) : 100 kuais (12€) ;

– une veste : 350 kuais (45€) ;

– un costume : 550 kuais (70€) ;

– un caban chaud en cachemire : 750 kuais (95€) ;

– une paire de boutons de manchette : 20 kuais (2,5€) ;

– une écharpe en cachemire : 35 kuais (4,5€) ;

– une cravate en soie : 30 kuais (4€).

Enfin, les autres lieux où vous pouvez faire du shopping sont de gigantesques malls où vous pourrez trouver de tout mais, là, pas de négociations possibles et des prix plus élevés qu’en Europe donc pas d’intérêt particulier.

Passons maintenant aux choses sérieuses avec les sorties et pour commencer le fameux combo que les chinois affectionnent tant : le Teppanyaki-KTV ! Si vous ne savez pas ce qu’est un Teppanyaki et que KTV vous évoque le nom des services secrets russes, rassurez-vous, ça n’est pas grave (un peu quand même pour KTV-KGB mais bon !).

Le Teppanyaki est un restaurant japonais où l’on vient en groupe de dix à vingt-cinq personnes pour profiter d’une formule all-you-can-eat/all-you-can-drink pour une somme comprise entre vingt et vingt-cinq euros ! Sushis, makis, tempuras, crevettes, coquilles Saint-Jacques, saumon, calamar, boeuf, poulet, riz, nouilles, bananes flambées et pour faire passer tout ça bière, vin blanc, vin rouge et saké. Si vous avez lu attentivement mon article Shanghai : Oiseaux de nuit vous vous doutez que le saké se boit en “ganbei”. Ce que vous ne savez pas forcément, c’est que chacun a son petit pichet et son minuscule gobelet à remplir de saké tiède (voire chaud si vous buvez assez souvent et que la thermos n’est pas loin) au rythme des “ganbei” de plus en plus sonores. Bref, tout ça est fort sympathique, on finit souvent par aller trinquer avec les clients de la salle voisine et le cuisinier dont on pique finalement la superbe toque blanche ! Une sacrée expérience.

Si on en a le courage on peut ensuite se rendre dans un KTV mais je doute que les chinois fassent les deux dans la même soirée. Et d’ailleurs je pense que les Teppanyaki sont plutôt l’apanage des expat’ à Shanghai que des Shanghaiens eux-mêmes. Par contre, concernant le KTV, c’est bien l’inverse. Si je vous dis karaoké vous imaginez soit une salle des fêtes miteuse dans une bourgade du Loir-et-Cher, soit votre petite soeur en train de s’époumonner sur les derniers tubes de la Star Academy sur la Wii (je ne sais pas si ça existe mais je tente quand même). Et bien changez vite d’avis parce que, premièrement, on s’éclate bien au KTV et, deuxièmement, si vous faites un jour du commerce en Chine, il est fort probable que vous y soyez invité par vos partenaires chinois ! Bref, on loue une salle capitonnée (ça vaut mieux) et sombre pour une dizaine de personnes, on s’époumonne sur Queen (beurk !) et Céline Dion (beurk, sauf que là c’est marrant) et quand on n’en peut plus des voix cassées de ses petits camarades on va faire de grandes accolades aux Chinois des salles voisines. A n’éviter sous aucun prétexte, vous l’aurez compris.

Passons maintenant à des sorties “diurnes” d’un ordre bien plus commun :

Les cafés et les bars :

Je classerais dans les incontournables pour leur cadre le Barbarossa, le 100th Century Avenue, et le New Heights, dans cet ordre. Le Barbarossa parce qu’il est situé en plein milieu de People’s Square, avec son rooftop entouré d’arbres et ses happy hours (17h-20h environ) où toute la carte (boissons et snacks, peut-être pas les chichas, néanmoins) est à moitié prix. Le 100th Century Avenue car, situé au 91e étage de la tour la plus haute de Shanghai, celle du Shanghai World Financial Center (aussi appelé décapsuleur, allez savoir pourquoi !),  il est le bar le plus élevé du monde. Les tarifs ne sont pas excessifs, le cadre est beau et intime. Malgré tout, on est trop haut à mon goût. J’aurais tendance à vous conseiller d’aller prendre un verre au restaurant du Hyatt dans la tour Jinmao voisine dans la mesure où vous ne serez plus qu’à deux-cent mètres du sol (au lieu de quatre-cent). Enfin, le New Heights, à l’extrémité Sud du Bund pour sa vue sur le Bund et Pudong en même temps.

Dans un style plus sympathique et chaleureux je classerais les trois cafés suivants. Le Café des stagiaires, tout d’abord, tenu par des français (à moins que ce ne soient des Suisses), refuge parfait lorsque vous frôlerez l’overdose de nouilles et de dumplings (ça ne m’est pas arrivé en quatre mois). Vous pourrez y boire à prix honnêtes de bons vins et des bières belges tout en dégustant du pâté, de très bonnes pizze et surtout du vrai pain ! Bon, la population est presque exclusivement composée de bobos/hipsters trentenaires (les hommes sont beaux et les femmes sont belles, cool). Je recommanderais aussi le Kommune, en plein centre du quartier piéton de Tianzifang (dont j’ai parlé dans mon article Shanghai : Promenades et vistes). Un peu cher dans l’ensemble, il propose de très bons vins du mois que tout un chacun peut venir sélectionner le dernier jeudi de chaque mois lors d’un blind tasting gratuit. La décoration très bois est tout à fait sympathique et l’ex-propriétaire à queue de cheval berlinois (le cheval ou le propriétaire, je ne sais plus) que j’ai rencontré le soir de son départ il y a deux semaines était vraiment intéressant. J’en profite pour lui souhaiter bonne chance dans son nouveau projet (comme s’il allait lire cet article, n’importe quoi !). Enfin, le Citizen Café dans la Concession Française pour ses canapés moelleux, sa décoration bordeaux et crème très réussie, mais aussi et surtout pour son cheese-cake incomparable (le meilleur que Jean-Noëlle aient jamais dégusté, foncez-y ! Et dîtes que vous venez de notre part, il se pourrait que vous n’ayez pas de remise.)

Dans un style différent la House of Blues and Jazz à proximité du Bund, un bar jazz qui aurait le style d’un ancien bordel (la source semblait savoir de quoi elle parlait) et où j’ai pu écouter un très bon groupe jouer des chansons plutôt Blues et Rock, voire Pop. Je pense qu’il y a mieux à Shanghai dans le genre mais comme c’est le seul que j’ai fait, pour moi c’est le meilleur bar jazz ! Mouahah !

Les bars à vin :

Viennent ensuite les bars à vin. Là j’ai un peu honte car je n’en ai fait que deux mais toujours dans des circonstances fort sympathiques. Je suis allé deux fois au Dr. Wine et j’ai beaucoup aimé l’ambiance (relativement sombre et différents types de tables : type auberge avec bancs, hautes avec tabourets, basses avec poufs et fauteuils clubs, classique, etc.). Les murs sont en pierre, les serveurs chinois savent ce qu’ils font, on vous change les verres d’une bouteille à l’autre, la carte est variée et vous pouvez acheter une bouteille à partir de 15€. Et laissez-moi vous dire que ce prix-là est relativement imbattable. Le Dr. Wine propose aussi quelques “plats” à grignoter mais le choix n’est pas exceptionnel, même si la qualité et les prix sont bons. Bref, super cadre, belle carte des vins, pas grand chose à redire finalement !

Le second où j’ai été invité par un couple charmant est l’Enoterra/Enoteca (impossible de vous donner le nom exact ; même le site web dont l’adresse est Enoteca a Enoterra pour titre !). Nous avons passé la soirée dans la salle du fond, à une gigantesque table haute au milieu des casiers à bouteilles en écoutant un groupe de musique manouche avec des guitaristes hors-pair. Je vous déconseille l’assiette de tapas occidentaux, c’est franchement raté. Par contre, niveau vins rouges je me suis éclaté avec le sud-américain (chilien ? argentin ?) et le sud-africain que nous avons goûtés. Cela m’amène à recommander une carte des vins finement élaborée. Merci à J.-P. et N. !

 

Les pubs :

Les pubs sont des pubs bien de chez nous avec billard(s), baby-foot, fléchettes, écrans géants retransmettant des matches et bien entendu leurs bons plans quotidiens. Le Malone’s est le premier où j’ai été et j’ai beaucoup apprécié sa formule du lundi avec burger et pinte de Tiger pour moins de 8€. Le groupe de musiciens philippins (ah, les Philippines) qui joue pendant la soirée est assez exceptionnel (tenues des danseuses et surtout le guitariste, vraiment bon). Seul inconvénient, c’est toujours plein à craquer. Si vous n’aimez pas la foule, foncez au Big Bamboo à deux-cents mètres, qui propose à peu près la même formule le lundi soir, qui n’a pas de groupe, moins de clients, deux billards (contre un) et un baby-foot. Troisième pub, le Shed qui propose lui des formules uniquement sur la nourriture et où il fait bon jouer au tarot en terrasse ! Enfin, le Helen’s, véritable institution en Chine du fait de son ambiance maison de campagne avec ses buckets de Red Labl-cola à 3€, ses bouteilles de 650 millilitres (c’est moche comme mot, il y a trop de “i” et de “l” à la suite) de bière à 2,5€ et ses hamburgers à 3€. On y passe toujours un bon moment et on a même la possibilité d’écrire sur les murs (et le plafond pour les plus grands !) dans une ambiance plus étudiante que dans les autres pubs.

Les restaurants :

Tout d’abord, les restaurants à la cuisine rattachée à un pays ou une région de Chine. Commençons par le plus original (vous comprendrez avec les suivants pourquoi c’est celui-ci qui l’emporte), à savoir le Silk Road où m’a emmené Xavier, un ami de longue date que je n’avais pas vu depuis plusieurs années. Ce restaurant ouïgour fut un très bon choix (musique “orientale”, plats divers et variés, cadre “musulman”). La cuisine, légèrement épicée, était tout à fait délicieuse. Mon préféré. Ca n’est pas très malin de ma part de présenter les choses ainsi, vous n’allez pas lire la suite. Et pourtant, vous devriez lire jusqu’au bout pour savoir par qui le roi a été détrôné ! Le Nepali Kitchen où l’on se déchausse avant de passer à table, assis en tailleur sur des coussins. Celui-ci mérite aussi la première place pour la qualité de ses plats et la délicieuse odeur de ceux-ci mais je connaissais déjà ce type de cuisine, contrairement aux spécialité ouïgoures. Ensuite, le Simply Thai, dans Xintiandi (mais il doit y avoir d’autres branches) qui manque franchement d’âme mais où le riz dans un ananas, que j’ai dégusté en compagnie de Justine sur les conseils de Caroline et Guilhem, était à tomber ! Ensuite le Da Marco (une chaîne également), restaurant italien à mur de pierres où j’ai savouré un super risotto et un très bon vin rouge en compagnie d’un brand ambassador bordelais. Et enfin, le Bella Napoli où nous avons fêté l’anniversaire de l’une de mes colocs en mangeant de très bonnes pâtes.

Je passe rapidement sur quelques restaurants type salades/sandwiches/quelques plats qui m’ont plu mais qui ne cassent pas non plus trois pattes à un canard, comme dirait meine Mutti ! Le Ginger où nous avions fait une halte avec Justine avant de visiter le Propaganda Poster Art Center, tout proche. Le K1+3 pour de bonnes salades dans un cadre “satiné” et avec une vue sympathique sur Nanjing Xi Lu. Le Cotton’s pour son brunch, son club sandwich et sa grande terrasse. L’Abbey Road et sa terrasse, parfait pour un brunch du dimanche suivi d’un happy hour passé à discuter politique avec deux magnifiques autrichiennes ! Et enfin le Westnine à la déco “petite fille” (rose pastel et blanc, ours en peluche), à côté de People’s Square.

Pour finir, les endroits où j’ai acheté le plus souvent mes plats du midi et du soir aux alentours du croisement Jiujiang Lu – Guangxi Bei Lu, pour 2,5€ en moyenne (qui a dit que le kebab était le repas le moins cher du monde ?). En bref, ça se résume à une échoppe chinoise (nouilles, riz frit, brochettes) et le super sourire de sa cuisinière (à qui je n’ai même pas dit “Adieu”, je suis un monstre), à deux “cantines” chinoise (dumplings) et musulmane (riz frit) et à un restaurant japonais (salade de crevettes sauce sucrée), ainsi qu’à deux autres endroits que je vais développer maintenant au-delà de simples parenthèses. Le Sarnies, tout d’abord, génial restaurant d’alimentation saine où tous les ingrédients sont ultrafrais et où l’on peut manger une salade ou un sandwich pour moins de 2,5€. Propose aussi de très bons jus de fruits mixés sous vos yeux (qui ne sont par conséquent malheureusement pas frais). Et le meilleur pour la fin, mon coup de foudre du semestre : CARL’S JUNIOR ! Ce fast-food américain qui n’a laissé absolument aucune chance à Burger King dans mon coeur propose de délicieux sandwichs plus que consistants (c’est un euphémisme, vraiment !), des frites qui ont un goût de pommes de terre et du Coca-Light à volonté ! Quand on en sort, on fait une sieste. Alors, amateurs de junk food de tous les pays, unissez-vous ! Pour que Carl’s Junior s’installe en France ! Parce que quand vous l’aurez goûté vous n’en aurez plus rien à faire que Burger King s’implante ou non dans la nouvelle galerie marchande de Saint-Lazare ! A bons entendeurs, salut !

N.

Shanghai : Promenades et visites

Article écrit à l’aéroport de Manille, entre deux cookies et un chocolat glacé, en attendant mon avion pour Puerto Princesa sur l’île de Palawan. Tout cela pour vous dire que je publierai prochainement des articles sur mes deux semaines aux Philippines.

Il faut savoir que j’avais déjà passé quelques jours à Shanghai, en novembre 2007. J’étais alors avec ma famille au sein d’un groupe. C’est notamment cette expérience qui m’a fait choisir cette nouvelle « capitale mondiale » pour mon échange ; je savais que je pourrais m’y épanouir. Néanmoins, j’avais gardé de mauvais souvenirs, ceux de foules oppressantes sur les trottoirs, de voitures trop nombreuses dans les rues. Mes souvenirs étaient tellement négatifs à ce sujet que lorsque je suis arrivé mi-février et que j’ai commencé à me promener à pied dans les rues, j’ai tout de suite relativisé. J’exagère à peine en affirmant que j’ai trouvé les trottoirs et rues vides de passants et de voitures. Tant mieux, ça commençait bien !

Je pense que Shanghai est une ville qui peut déplaire énormément si on n’y passe que quelques jours pour du tourisme. On a l’impression qu’il n’y a pas grand-chose à voir ou à visiter, que c’est plus occidental que véritablement chinois, que c’est cher. Mais quand on y reste pour un semestre universitaire, le voile tombe rapidement et la variété des quartiers et des lieux potentiels de visites, ainsi que le côté profondément chinois de la ville s’offrent alors au nouvel expatrié, patient. Shanghai est une femme qui ne se dévoile pas immédiatement, il faut lui laisser du temps pour qu’elle livre ses charmes. Au bout de quelques semaines j’ai donc apprivoisé Shanghai et je m’y suis donc très rapidement senti chez moi. Les chinois sont dans l’ensemble très sympathiques et on prend vite des repères et ses habitudes dans cette ville aux vingt-trois millions d’habitants. Bref, il y a quelques heures, je n’avais pas vraiment envie de partir.

Bund, Shanghai

Promenades :

La promenade la plus classique est de descendre Nanjing Dong Lu (East Nanjing Road) vers le Huangpu. Le Huangpu est la rivière qui scinde Shanghai en deux : Pudong, l’Est de la rivière, et Puxi, l’Ouest de la rivière en traduction littérale (Dong=Est, Xi=Ouest). Les « Champs Elysées » locaux sont sans doute l’avenue la plus fréquentée de Chine. Il s’agit plus précisément d’une avenue piétonne d’une trentaine de mètres de large que bordent malls chinois, enseignes occidentales (Mc Donald’s, Häagen Dazs, Zara, Apple, etc.) et nombreux autres magasins pour touristes et Shanghaiens friqués. Puis on arrive sur le Bund (prononcez « Bounde » en français, « Beunde » en anglais), cette longue promenade centenaire où se succèdent de majestueux bâtiments de la première moitié du siècle précédent : banques surtout, hôtels aussi, voire bien sûr restaurants, bars et magasins. L’intérêt est de grimper les quelques marches qui mènent à la promenade le long du Huangpu pour observer l’autre côté, Pudong, et sa ligne de gratte-ciels. Ceux-ci sont éclairés ou non, tous visibles ou non, selon le moment de la journée et le brouillard/les nuages (naturels ou dus à la pollution ?) qui les enveloppent parfois. Si vous avez le temps, traversez la rivière (sur ou sous l’eau) et promenez-vous en face. La vue depuis Pudong sur le Bund a un certain intérêt, malheureusement souvent négligé par les touristes pressés. (Je la ramène mais il m’aura fallu plus de trois mois pour me balader le long des quais piétons de Pudong !)

Moins incontournable et au moins aussi touristique, la vieille ville. Malgré son nom, lorsque l’on sort du métro, on a un peu l’impression d’être à Disneyland (rassurez-vous l’ouverture d’un parc est prévue à Shanghai dans les années à venir). Certes les bâtiments ont l’air traditionnel mais il y a tellement de boutiques de souvenirs, de groupes de touristes, etc. qu’on a du mal à saisir le charme de l’endroit. Deux solutions pour y parvenir. Tout d’abord, aller se promener au Yu Yuan (jardin Yu) : superbe, intime et extrêmement paisible, on aimerait y rester toujours. Ensuite, se perdre dans les ruelles de la vieille ville, loin de l’agitation du centre, là où des chinois vendent toutes sortes de légumes et fruits, poissons et viande (souvent vivants) accroupis sur le trottoir. C’est finalement une sorte de marché désordonné. C’est typique, ça fait vieille ville et ça a véritablement du charme.

Si l’Europe vous manque, je vous suggère d’aller vous promener dans la concession française, à l’ombre des platanes. Vous pourrez flâner à votre guise au milieu des Shikumen (maisons traditionnelles chinoises en pierre sur deux niveaux) et faire du lèche-vitrine en découvrant de quoi sont capables les créateurs shanghaiens. Parfait quand le temps est clément. Pourquoi ne pas faire une halte à Tianzifang, quartier piéton de Shikumen où se mêlent ruelles étroites, restaurants, boutiques à la mode ou traditionnelles et galeries d’art ? C’est souvent très fréquenté mais ça a beaucoup de charme. On peut aussi aller faire un tour à Xintiandi, beaucoup plus moderne et cher, où sont concentrés les bars à la mode et les marques de luxe chinoises. Dans ce quartier qui a perdu son âme lors de sa rénovation, on croise surtout les touristes, expats et chinois les plus riches. Néanmoins, “Xintiandi is a place where older people find it nostalgic, younger people find it trendy, foreigners find it cultural, and Chinese people find it foreign.” Et je suis sûr que pour ces raisons, Xintiandi en charmera plus d’un.

Pour finir, la promenade qui est, selon moi, de loin la plus intéressante pour s’immerger dans la Chine traditionnelle est à faire dans le quartier de Hongkou, au Nord de Suzhou Creek. Nous l’avons faite avec J. pour relier la Synagogue Ohel Moshe à un parc au Nord-Ouest de celle-ci qui était malheureusement fermé quand nous arrivâmes. On se balade d’une rue à l’autre, on croise des poules, de petites échoppes de nourriture ou de bricolage, mais on ne croise pas un seul occidental, que des chinois et peu de voitures. Là on est vraiment dépaysé et ça fait du bien !

Fumerie d'opium, Shanghai History Museum

Visites historiques et culturelles :

Tout d’abord le Shanghai Museum sur lequel je ne m’étendrai pas car je ne l’ai pas revisité lors de mon deuxième voyage. Je pense que c’est un musée incontournable, pour les courageux. Un seul mot le résumerait très bien : exhaustif. Ca implique qu’on peut y passer des heures mais que ça peut aussi devenir fatigant. Certains guides disent qu’il s’agit du meilleur musée de Chine et je veux bien les croire. Néanmoins, n’y allez que si cela vous intéresse vraiment et que vous êtes prêts à y passer du temps (il le mérite !).

Ensuite le Shanghai History Museum, à faire également. Un peu dans le même genre que les superbes musées de Hong-Kong et Macau, le Shanghai History Museum retrace de manière très ludique les derniers siècles de l’histoire de Shanghai. On se promène au milieu de quelques échoppes d’artisans puis carrément dans des rues reconstituées avec leurs commerces et restaurants. C’est très réaliste et on se promène en découvrant comment on vivait à Shanghai le siècle dernier. Fort sympathique.

Le Shikumen Open House Museum n’est pas indispensable mais il vaut vraiment le coup d’oeil dans la mesure où il se visite rapidement. Il s’agit tout simplement d’un Shikumen reconstitué dans sa forme originelle avec cour, bureau, salon et cuisine en bas, chambres en haut et au demi-étage. On s’y croirait. On y trouve aussi quelques caricatures sympathiques et un historique de Xintiandi (d’où est extraite la citation plus haut). J’y ai notamment appris que le principe des épiceries ouvertes 24/7 existe depuis de nombreuses décennies et qu’elles servaient au départ à acheter le strict nécessaire (cigarettes et journaux) à l’entrée des allées de Shikumen. On les appelaient alors Yan Zhi Store. Ils ont depuis été remplacés par les C-Store, Family Mart, Seven-Eleven, Well Mart, Kedi, All Days, etc. (Ca va me manquer à mon retour en France !)

Le Site du Premier Congrès National du Parti Communiste Chinois, gratuit et à proximité du Shikumen Open House Museum à Xintiandi. Pas transcendant mais intéressant pour (re)découvrir la création et l’évolution du PCC dans ses premières années. On y trouve même une reconstitution d’une réunion du premier congrès avec statue de cire de Mao.

Le Centre Artistique des Affiches de Propagande, à voir absolument pour plusieurs raisons. Tout d’abord parce qu’il est situé au sous-sol d’un immeuble d’habitation et que pour le trouver, même avec les indications du Lonely ou du Routard, c’est assez folklorique ! Ensuite parce qu’il s’agit d’une collection privée (ce qui explique le premier point) ce qui rend les textes explicatifs (en chinois, en anglais et parfois même en français) assez neutres, voire critiques (c’est rare au pays de la censure et de la propagande). Enfin parce que la collection est riche de centaines d’affiches dont de nombreuses dizaines, parfaitement conservées, sont exposées.

Le Temple du Bouddha de Jade est le seul temple que j’ai visité lors de mon séjour à Shanghai. Il faut dire aussi qu’on en avait bouffé du temple lors de la première partie de notre périple jeune ! Par ailleurs, je ne suis pas sûr que les temples intéressants soient très nombreux à Shanghai. En tous les cas celui-ci est en activité ce qui constitue son principal intérêt. On doit payer un supplément pour voir le bouddha de Jade, vert pâle et haut d’un mètre quatre-vingt dix assis environ. Les photographies sont interdites et on est tenu à plusieurs mètres de distance de la statue par une barrière. On peut aisément s’en passer, donc.

La Synagogue Ohel Moshe dans le quartier de Hongkou dont le seul intérêt est le mémorial de l’Holocauste, créé en partenariat avec le mémorial d’Auschwitz. C’est exhaustif et on (ré)apprend, effrayé par les atrocité que l’homme est capable de commettre.

La Xiao Tao Yuan Masjid (ou Peach Garden Mosque) où j’ai été un vendredi midi, récemment. Bâtiment pas vraiment mis en valeur, deux plaques informatives mais surtout une atmosphère orientale (occidentale pour ici !) très agréable : appel à la prière, recueillement, on y médite sans voir le temps passer. Puis on achète quelques brochettes d’agneau en sortant. Sachez que les meilleures brochettes en Chine sont celles proposées par les musulmans (exceptées celles vendues devant le Phebe, mais ça c’est une autre histoire !).

Pour finir cette catégorie, le génial Shanghai Science and Technology Museum que j’ai visité hier après-midi en compagnie d’Estelle et Nina. On y a passé trois bonnes heures et on ne s’est pas ennuyé une seconde dans ses gigantesques salles classées par thèmes. Mentions spéciales pour le labyrinthe aux miroirs, la salle inclinée type bateau qui tangue, le robot qui termine un Rubik’s Cube en cinquante-sept secondes, la balade dans le système digestif (avant expulsion à l’imagerie très osée !) et enfin le Tetraxon Balancer, fauteuil fixé à différents cercles qui tournent dans tous les sens pour entraîner les astronautes à se retrouver sens dessus dessous ! Seul regret, et de taille, le musée est très mal entretenu et de nombreuses activités ne sont pas disponibles car abîmées.

Xiao Tao Yuan Masjid (ou Peach Garden Mosque), Shanghai

L’art contemporain à Shanghai :

Le Shanghai Art Museum à l’Ouest de People’s Square, dans un bâtiment en briques rouges avec une tour avec une horloge. Les expositions sont aux trois quarts temporaires et c’est gratuit donc ça permet d’y aller souvent. J’y ai vu un artiste assez « barré » qui présentait des voitures sous un angle vivant (difficile à décrire mais assez étonnant de voir un cœur battre sous un capot ou une Aston Martin transformée en insecte) ainsi que des œuvres très diverses de Luis Chan, artiste Hong-Kongais qui semble s’être inspiré de tous les styles, de l’impressionnisme à l’art traditionnel chinois en passant par le fauvisme. J’y ai aussi vu deux belles collections de peintures de Miro (désolé, mais pour moi c’est juste les Shaddoks en plus coloré !) et de Leo Erchun, au style assez diversifié lui aussi (type bande dessinée, estampes, etc., peu coloré en général).

Le MOCA (Museum Of Contemporary Art), perdu dans les feuillages de People’s Square m’a, entre autres œuvres moins intéressantes, fait découvrir le travail de l’artiste coréenne (du Sud !) Seoung Won Won  à travers sa série  “My Age of Seven” que je vous propose de découvrir ici.

La Shanghai Gallery of Art, localisée dans le Three on the Bund, où j’ai découvert Fang Wei, est d’un intérêt limité même si les œuvres sont de qualité et le cadre original (gigantesques espaces de béton gris).

Le quartier de Redtown et son Shanghai Sculpture Space où je vous déconseille de passer si vous ne restez que quelques jours à Shanghai. Néanmoins, si vous avez un peu plus de temps pour visiter la ville et souhaitez découvrir des lieux différents, Redtown fera très bien l’affaire. On y trouve surtout un vaste parc meublé de grandes statues (taureau mécanique, Mercedes en briques rouges, Penseur obèse, Einstein, etc.) et le Shanghai Sculpture Space dont les pièces exposées sont toutes originales et donnentn une bonne vue d’ensemble de ce dont les Chinois sont capables en termes de sculpture. Il peut y avoir de l’inspiration à prendre pour les artistes occidentaux !

M50, Shanghai

Et pour finir cet article en beauté, laissez-moi vous parler du M50, quartier de galeries contemporaines situées dans les anciennes usines du 50 de Moganshan Lu (Moganshan Road). On s’y promène aisément plusieurs heures en passant d’une galerie à l’autre, au hasard ou en suivant les conseils d’un guide quelconque (ou plutôt d’un quelconque guide, ne soyons pas médisant !). On trouve de tout, de l’original au carrément laid, de la sculpture (rare) à la peinture en passant par la photographie. Là aussi ça donne un bon aperçu de l’art contemporain chinois, digne d’un intérêt certain. Voici certaines des galeries que j’ai visitées :

– ShangART et ShangART H-Space, les deux galeries les plus connues, surtout axées sur la sculpture et les performances lors de mon passage, intéressantes ;

– Island 6, où sont exposées les œuvres très originales de Liu Dao, faites de personnages ou de formes composés de LEDs qui se meuvent derrière des photos ou dessins traditionnels chinois ;

– Ofoto, où j’ai pu admirer les belles photos de Daniele Dainelli ayant pour modèle des objets de la vie de tous les jours dans la campagne chinoise ;

– Pata Gallery, aux peintures mettant en scène des crânes, de manière plus ou moins réussie ;

– Provence Art, galerie de l’artiste Qiu Sheng Xian sur le nom duquel je vous conseille vivement de cliquer (zoomer sur les photos, une partie de l’intérêt est dans le détail) ;

– M97 (au 97 Moganshan Lu, donc en dehors du M50) où j’ai découvert les magnifiques photos en noir et blanc de paysages naturels de Michael Kenna ;

– Epsite qui exposait les portraits et photos de villes chinoises de Shen Wei, assez réussis.

N.

M50, Shanghai

Shanghai : Oiseaux de nuit

Ca y est, je me lance ! Mon premier article écrit sans J.

Mon premier article sur Shanghai (alors que je vais la quitter dans une semaine) traite des nuits shanghaiennes. Pour commencer, dans la plupart des boîtes de nuit de Shanghai, les entrées et vestiaires sont gratuits et on peut souvent acheter des formules open-bar (de 40 à 100 kuais, soit 5 à 12€), voire des formules du type 10 tickets pour 100 kuais. C’est très alléchant et je pense que l’on peut expliquer ces prix compétitifs par le grand nombre de boîtes de nuit et donc la concurrence, mais aussi sans doute par le fait que les boîtes de nuit pourraient être utilisées pour du blanchiment d’argent. (Simple supposition, je n’affirme rien, attention !).

Contrairement à nos boîtes de nuit européennes, celles de Shanghai ont rarement une véritable piste de danse et l’espace est plutôt occupé par de nombreuses tables, hautes ou basses selon qu’elles sont situées au milieu de la boîte ou non. Il y a en général un serveur par table basse (une dizaine de places assises) qui se charge pour nos charmants clients chinois de remplir les pichets, de vider les cendriers, d’essuyer la table, d’allumer les cigarettes, etc. Notons que des femmes de ménage se promènent dans la boîte au milieu des danseurs saouls afin de nettoyer le sol tout au long de la soirée. C’est bien plus propre que chez nous, ça ne fait aucun doute ! Dernière particularité, certaines boîtes de nuit ont une boîte dans la boîte, c’est-à-dire une pièce qui peut accueillir une cinquantaine de personnes avec DJ privé, piste de danse et tables que l’on peut privatiser pour des sommes pouvant avoisiner les 60 000€.

La clientèle n’est pas composée d’étudiants chinois qui sont bien trop occupés par leurs études et accablés par la pression qui en découle pour penser à faire la fête. Les shanghaiens qui sortent en boîte sont issus de la jeunesse dorée locale, et ils sont nombreux ! Par conséquent, il n’est pas rare de voire les tables recouvertes d’au moins six bouteilles de champagne ou d’une bouteille de cinq litres de Chivas Regal. La première fois que l’on voit les mélanges que les serveurs font dans les pichets destinés à être ensuite transvasés dans les verres, on a du mal à y croire : champagne-jus d’orange, whisky-thé glacé, cognac-thé glacé (je parle de véritable thé glacé, pas de ce que nous appelons Ice Tea) ! Puis un jour on joue aux dés avec un chinois et on goûte cet étrange breuvage. Bien sûr ça n’est pas délicieux, mais le thé masque bien le goût de l’alcool et, si l’on parvient à oublier que c’est du gâchis, on s’y fait presque !

Revenons  aux dés. Les chinois adorent jouer aux dés en boîte de nuit donc on trouve des gobelets en simili cuir avec cinq dés chacun à toutes les tables. On joue à plusieurs (de deux à beaucoup) et on doit miser sur le nombre total de dés d’une certaine hauteur. Quand on perd, c’est « ganbei » ! « Ganbei ! », que l’on pourrait traduire par « Santé ! » signifie dans les faits plutôt « Cul-sec ! ». Bref, quand on joue aux dés avec des shanghaiens, on a vraiment intérêt à gagner la partie !

Par ailleurs, les bouteilles vidées par les « ganbei » successifs sont souvent accompagnées de nourriture à grignoter telle que des plateaux de fruits, des frites ou encore des brochettes. Malgré tout, cette nourriture ne semble pas suffire à diminuer les effets de la surconsommation d’alcool et il est fréquent de voir des chinoises dormir sur le comptoir, tituber entre les tables au bras d’un ami, ou encore vomir dans les toilettes, une autre fille éméchée leur maintenant les cheveux loin de la bouche. C’est élégant… Quand elles n’ont pas l’air complètement « déchirées », on les observe s’ennuyer dans leurs robes trop courtes et leurs talons trop hauts, assises sur les banquettes à regarder leurs autoportraits sur leur portable à coque multicolore ou recouverte de faux diamants.

Une fois la soirée en boîte terminée et si le cœur (et le foie !) leur en disent, les shanghaiens décident parfois de finir la nuit dans un restaurant à « hot pot ». On en a suivi un groupe une fois et c’est assez impressionnant. Il est cinq heures du matin au moins et le ciel s’éclaircit déjà et on est persuadé que la ville dort. Mais non ! Tous les oiseaux de nuit shanghaiens se retrouvent dans ces fameux restaurants. C’est plein à craquer et tout le monde déguste les aliments bouillis dans le « hot pot » au centre de la table. Entre deux bouchées, on s’envoie des « ganbei », de bière cette fois, car on commence à fatiguer, enfin !

Pour clore cet article sur les nuits shanghaiennes je vous propose une rapide critique des nombreux lieux nocturnes et musicaux dans lesquels j’ai eu l’occasion de déambuler ces quatre derniers mois, entre deux révisions de micro-économie ou compta.

Les bars pour commencer la soirée :

On y vient en général vers 23h pour en partir une ou deux heures plus tard afin de s’amuser ailleurs.

Le Zapata’s propose un open-margaritas pour les filles le mercredi soir, parfait pour commencer la soirée en dansant sur le bar. Le Bounty et ses cocktails arrangés au rhum, agréable à deux ou en groupe.

Le Sugar et son rooftop, un peu trop poufs et beaufs endimanchés à mon goût. Le Kartel, très français mais à la décoration originale et au rooftop très agréable.

Enfin, le Windows Garage pour son atmosphère décontractée, son billard et les verres les moins chers du marché ! (On peut aussi y finir la soirée.)

Les boîtes chinoises :

Chinoises car elles n’ont qu’une minuscule piste de danse et que la clientèle est majoritairement chinoise (on s’en doutait !).

Le Rich Baby, la plus chinoise de toutes, elle a même une salle consacrée à la musique pop nationale. Le Sky, sympa mais sans plus. Le True Color, dans Fuxing Park, pour ses shows sexy (danseurs de tango, danseuse classique). Le Soho pour son aquarium à méduses derrière le bar. Le Ruby’s, pour Murat, qui nous offre nos verres 80% du temps et pour sa décoration inimitable (faux diamants dans les murs, tables qui tournent, couloir psychédélique, etc.).

L’Angelina, le Phebe et le Club 88 (prononcez « basheba ») pour leur décoration ultrakitsch (ou kitchissime, au choix) composée de chandeliers dorés, de statues à taille humaine dorées, également, et de contrebasses et rouages en mouvement, dorés, toujours !

Les boîtes « internationales » :

Le G+ et le M2, toutes deux situées dans des centres commerciaux de l’Ouest de la concession française. Volume gigantesque, décoration sobre et à dominante blanche, grande piste de danse centrale, prix corrects et, pour le M2, bonne musique électro pas trop commerciale. On y croise plus d’occidentaux que dans les boîtes chinoises car c’est plus proche de ce que l’on connaît.

Les boîtes chics :

Le M1nt, tout d’abord, dans laquelle on n’entre que sur liste (rassurez-vous, tout le monde peut s’inscrire, il suffit d’appeler le jour même avant 18h). On y pénètre en traversant un couloir d’une vingtaine de mètres bordé d’un aquarium remplis de requins d’une cinquantaine de centimètres de long. Ici, on rivalise avec la table voisine pour savoir qui a le plus d’argent. Huit bouteilles de Dom Perignon contre vingt-deux de Moët & Chandon, qui l’emporte ? Le M1nt ! Quand on sait qu’un « simple » magnum de Grey Goose coûte 4 000 kuais (soit 500€), on ose à peine imaginer le montant des additions !

Le Bar Rouge, qui fait aussi partie des rarissimes boîtes de Shanghai à effectuer une sélection à l’entrée, est plus agréable car la clientèle est moins flambeuse. Néanmoins, ici on a plutôt la trentaine bien entamée et on boit sa flûte de champagne un barreau de chaise aux lèvres. La terrasse avec vue sur Pudong, présente l’intérêt principal du lieu.

Enfin le Cuvve, un étage ou deux sous le Bar Rouge. Je n’y suis pas retourné depuis l’ouverture mais j’imagine qu’on peut la classer dans cette catégorie. Même vue qu’au Bar Rouge mais sans la terrasse. On consulte la carte des boissons sur iPad et ça coûte cher le verre.

Les boîtes pour écouter de la musique :

Quand on en a marre de David Guetta, des Black Eyed Peas et de Pitbull, on peut trouver quelques endroits, rares, pour écouter de la musique un peu plus pointue (techno, minimale, dubstep, électro).

Le Dada, boîte alternative où l’on peut sauter sur la piste au son des basses ou bien préférer jouer au baby-foot, à la Super Nintendo ou aux fléchettes tout en fumant une chicha.

Le Shelter, pour son ambiance underground (il s’agit d’un ancien abri anti-atomique, comme son nom l’indique) et son couloir glauque qui rappelle celui du Tresor à Berlin. Ici, pas de décoration, seulement du béton. Une des rares boîtes à faire payer un droit d’entrée (entre 20 et 60 kuais mais c’est gratuit après 3h du matin), les consommations sont ensuite tout à fait abordables (30 kuais en moyenne). Si on veut éviter les soirées Hip-Hop ou Reggae, il vaut mieux vérifier la programmation avant de s’y rendre.

Enfin, le Wharf 1846 où je ne suis allé qu’une fois pour une soirée Ministry Of Sound (il s’agit d’un gigantesque loft vide aux murs blancs) et le Mao Livehouse qui est plus une salle de concert avec une fausse, pouvant accueillir jusqu’à 300 personnes, qu’une boîte de nuit à proprement parler.

Les boîtes pour terminer la soirée :

Et puis quand il est cinq heures du matin mais qu’on n’est toujours pas fatigué, et bien on a deux solutions. Soit on va au Hollywood, où l’entrée coûte désormais 100 kuais par tête (je n’y vais plus pour cette raison), pour se mêler à la foule encore bien vaillante sur le dancefloor et le podium, soit on va au Shivah, minuscule bar lounge assez lumineux collé au Shelter, afin de ralentir le rythme avant d’aller se coucher.

Voilà, j’espère vous avoir donné envie de sortir à Shanghai. Alors bien sûr ça n’est pas l’Europe niveau programmation mais :

– il y a assez de boîtes assez variées pour s’amuser pendant plusieurs mois sans se lasser ;

– les prix défient toutes concurrence ;

– c’est toujours un plaisir de battre un chinois à plate couture aux dés !

Prochain article plus sage mais non moins intéressant sur les promenades et visites à faire à Shanghai.

N.

Raging Bull avec Charles

J. à Shanghai

En arrivant à Shanghai depuis Pékin, on remarque tout de suite que la ville est beaucoup plus occidentale. On a plus l’impression d’être dans une grande ville américaine.

Anciens locaux de la HSBC

Première balade sur Nanjingdong Lu, une immense avenue commerçante piétonne, qui débouche sur le Bund. Il y a beaucoup de monde et l’avenue est éclairée d’enseignes diverses. L’arrivée sur le Bund, de nuit, avec la promenade éclairée et les lumières de Pudong en face, est vraiment un beau spectacle. Le plus beau bâtiment du Bund est sans doute celui des anciens locaux de la HSBC que J. n’a malheureusement pas pu visiter, ça sera pour la prochaine fois.

Pudong depuis le Bund

Une fois la promenade sur le Bund terminée nous traversons le Huangpu en métro afin de nous rendre à Pudong (littéralement à l’Est de la rivière). En sortant des escaliers mécaniques on a presque le vertige tant les tours sont hautes de ce côté-ci de Shanghai. Nous commençons par monter dans la tour Jinmao afin de prendre un verre au Hyatt mais on nous emmène au lobby de l’hôtel où se situe le bar. A lors bien sûr c’est très beau mais on n’a pas de vue sur l’extérieur. N. apprendra plus tard qu’il faut aller au restaurant qui, lui, a sans doute la meilleure vue de toute la ville. Nous nous dirigeons donc finalement tous les trois (Manu et Jean-Noëlle) vers le “décapsuleur” (ou Shanghai World Financial Center) où nous prenons l’ascenseur pour le 100th Century Avenue, bar le plus haut du monde puisqu’il culmine au 91ème étage à plus de 400 mètres du sol. C’est presque trop haut, on distingue à peine la rivière. Néanmoins la vue vaut le coup d’oeil et nos verres derrière la baie vitrée seront très appréciés.

Nous passons la soirée au Mao Livehouse pour le concert de Paul Kalkbrenner, célèbre DJ berlinois. Quelle déception ! Il est aussi mauvais sur scène qu’il est bon sur CD. Il coupe le son après chaque morceau et attend que la foule hurle pour passer au suivant, sans transition évidemment. Il joue ses musiques les plus connues sans réellement apporter de plus-value et surtout il ne parvient pas à maintenir une tension, avec montées et descentes. Bref, on ne nous y reprendra pas !

Pour le deuxième jour, Jean-Noëlle décident d’aller au Fake Market. L’ambiance y est assez différente de celle de Pékin, les prix semblent légèrement plus élevés, les négociations sont plus difficiles, et les insultes pleuvent. Les femmes surtout sont très agressives.

Après le passage au Fake, direction la concession française. On commence par Xinle Lu, une rue pleine de petites boutiques de créateurs et de vêtements pour lesquels on craquerait bien son porte-monnaie. Dans la concession française, les maisons ont deux, trois étages, des toits pointus, des fênetres et des façades comme chez nous. On se croirait dans un vieux quartier résidentiel européen. Au bout de Xinle Lu, une église de style russe sort de nulle part, c’est aussi ça la Chine.

Eglise russe orthodoxe

Nous allons ensuite vers Taikanglu. Pour y accéder nous passons dans une petite ruelle au milieu de grands immeubles, nous franchissons une grille gardée par un gardien, et là, surprise : un dédale de petites ruelles de maisons basses, plein de petites boutiques, de bars et restaurants. L’ambiance est agréable. Avant de rentrer nous passons par Xintiandi, quartier aux bars assez designs.

French Concession

Pour retrouver les bonnes vieilles traditions, Jean-Noëlle décident de prendre un brunch au Cotton’s Club. La terrasse a l’air très agréable même s’il fait trop froid pour en profiter. Le cadre est agréable, la nourriture est bonne avec beaucoup de choix pour un prix assez raisonnable. Le brunch n’a rien d’exceptionnel mais rien de mauvais non plus.

Direction ensuite le Fabric Market où J. va conseiller N. dans l’achat d’un caban, d’un costume croisé, de deux vestes et de quatre chemises. Jean-Noëlle se décident pour l’un des stands du troisième étage de ce gigantesque centre commercial spécialisé dans le sur-mesure. La vendeuse parle très bien l’anglais et nous choisissons les modèles, les tissus, les cols et manchettes. C’est alors que la négociation débute. Heureusement N. a l’habitude depuis le périple asiatique et il a pris soin de se renseigner sur les prix avant de venir. J. l’aidera aussi, car, comme vous l’apprendrez en Chine, une négociation est plus réussie à deux. Finalement, la note s’élève à 300 euros environ, imbattable ! Un couturier vient ensuite prendre un tas de mesures avec son mètre ruban, en pouces et en centimètres, allez savoir pourquoi. Les achats auront duré presque deux heures, les vêtements seront prêts dix jours plus tard (on peut faire beaucoup plus rapide) et une seule retouche sera nécessaire. Jackpot !

Le dimanche se poursuit par une promenade le long des quais et jusqu’au New Heights, restaurant et bar au sud du Bund qui propose une belle vue à la fois sur ce dernier et Pudong. Le milkshake chocolat-cacahuètes et le cheese cake à la rhubarbe sont très bons. On profite du panorama.

Yu Yuan

Dernier jour, balade dans la vieille ville chinoise qui fait un peu fausse. On a l’impression que le quartier a été créé pour amuser les touristes. Par contre le Yu Garden, le célébre jardin de la vieille ville chinoise est magnifique. On a du mal à croire qu’on est encore en ville ! Bonzaïs, lac, pierres et l’athmosphère paisable font que l’on pourrait y rester des heures et des heures !

Une petite partie de Shanghai donc pour ce premier week-end.